[yasr_overall_rating]

“Il y a une ivresse sans borne à se laisser transir par le déferlement de la multitude. Je ne sais combien de temps défile ainsi. Je voudrais que cela ne s’arrête pas. Je suis une aspirine effervescente qui se dissout dans Tokyo.”

En 2012, Amélie Nothomb est retournée au Japon, le pays de ses premiers pas et de ses premières amours, pour les besoins d’un reportage de France 5. Je n’ai vu ce reportage qu’après lecture du livre, et je comprends que l’auteur ait ressenti le besoin de mettre des mots derrière les images et les montages d’une émission de télévision.

Je ne suis pas particulièrement fan des livres d’Amélie Nothomb, à l’exception toutefois de ceux qui racontent sa vie au Japon: Métaphysique des Tubes, Stupeur et Tremblements, Ni d’Eve ni d’Adam. J’étais donc enthousiasmée à l’idée de retrouver ce monde nippon, tel qu’expérimenté par l’auteur.

Le Japon d’Amélie Nothomb, c’est tout d’abord Nishio, sa nounou, avec qui les retrouvailles sont déchirantes, Nishio, une vieille dame à qui ses propres filles ne parlent plus, qui se souvient de tous les détails de l’enfance d’Amélie, mais qui a oublié le drame de Fukushima. C’est aussi Rinri, le jeune homme charmant de Ni d’Eve ni d’Adam, l’amoureux transi qu’Amélie abandonnait une vingtaine d’année plus tôt. Les retrouvailles sont douce-amères, avec un épisode plutôt amusant, pendant lequel Amélie Nothomb, questionnée sur son poète préféré, est incapable de fournir une réponse, tant elle est submergée par l’émotion:

“Rinri, un peu triste, a l’air de se demander ce qui est arrivé à la personne lettrée qu’il a connue par le passé. Sans doute pense-t-il que je suis désormais le genre d’auteur autosatisfait qui ne lit que lui-même. La vie se fiche bien de nous”.

L’auteur évoque aussi des côtés plus universels du Japon, mais qu’elle réussit à rendre personnels avec son regard particulier: les cerisiers en fleurs, l’impact du 11 janvier 2011, Tokyo, ville qu’elle ne comprend pas et qui lui évoque la “logorrhée d’un maniaque” ou Kyoto, “plus belle ville du monde” mais qui donne “une impression de schizophrénie”.

On retrouve dans La Nostalgie heureuse l’autodérision de l’auteur, son côté parfois fantasque : point de course pour descendre le mont Fuji, cependant, mais une photo au somment d’une réplique en modèle réduit, qui lui permet de mesurer sa propre “décrépitude”. L’ humour est toujours présent, derrière le choc émotionnel quasi-sismique des retrouvailles avec le pays adoré.

J’aime le Japon d’Amélie Nothomb comme j’aime le Paris de Modiano ou le New-York de Paul Auster: sans modération…