Michel, historien, épouse Marceline, après la mort de son père, pour satisfaire à sa dernière volonté. Lors d’un voyage qui conduit le jeune couple en Tunisie, Michel commence à souffrir de tuberculose, et une crise particulièrement violente le laisse entre la vie et la mort.

A partir de ce moment là, Michel, qui avait négligé son corps en faveur de l’étude, va entamer une métamorphose progressive, qui commencera par une négation de l’esprit au profit du corps, de ce corps qu’il se force à nourrir et à exercer pour le sortir de la maladie, métamorphose qui se poursuivra par une remise en question de tout ce qui lui a été inculqué dans sa jeunesse: l’austérité protestante de sa mère, le goût pour un passé qu’il trouve à présent figé et sans intérêt, et plus généralement, la morale et la culture, une culture qui pour lui étouffe l’instinct primitif de vie.

Car c’est la vie que Michel veut voir triompher, cette vie qu’il manque de perdre, et peu à peu sa transformation fait de lui un immoraliste, un homme qui ne vit que pour satisfaire ses pulsions immédiates, au détriment du reste, et surtout de sa femme Marceline qui en paiera de l’ultime prix. Tel un vampire, Michel semble se repaître de la jeunesse et de la santé de ses proches, tandis que la maladie, la vieillesse et la laideur lui répugnent.

Dans Michel l’immoraliste, on peut bien sur voir André Gide lui-même, qui comme son héros, partit soigner sa tuberculose en Tunisie. On peut y lire également son homosexualité dans le penchant de son héros pour la beauté masculine. Mais au delà de tout ceci, c’est une véritable philosophie du surhomme qu’André Gide met en valeur, un triomphe du fort au détriment du faible, avec tout ce que sa surhumanité peut comporter d’inhumain. Ce récit, fait à la première personne, narré dans un style limpide et concis, ne comporte aucune intrusion de l’auteur. Le cadre du récit est une lettre, adressée par un ami de Michel à un autre ami, et qui représente la seule ébauche de jugement, vite effacée par le récit de Michel, qui reprend ses droits dans les dernières lignes pour conclure l’histoire. Comme le dit Gide lui-même en préface: "[…] je n’ai pas voulu faire en ce livre non plus acte d’accusation qu’apologie, et me suis gardé de juger." Il a voulu, dit-il, simplement créer une œuvre d’art…

Note: 4/5