La Mort des Bois, publié en 1996, a reçu le Grand Prix de Littérature Policière et son succès a dépassé les frontières de l’hexagone. Il a été traduit en plus de 15 langues dont l’anglais, et c’est ainsi sur amazon.com que j’ai lu les critiques dithyrambiques qui m’ont convaincu d’y jeter un coup d’oeil. C’est en quelques heures que j’ai achevé la lecture de La Mort des Bois. Comme tout bon polar qui se respecte, il ne faut pas songer à le lâcher avant la toute dernière page…

L’originalité de La Mort des Bois réside dans son personnage principal: Elise Andrioli, 36 ans, a eu la malchance de se trouver, 10 mois auparavant, dans la zone d’impact de l’explosion d’une voiture piégée. Son fiancé est mort sur le coup et elle-même s’est réveillée, après quelques temps de coma, aveugle, muette, et paraplégique. Mais elle n’est pas sourde, aucune de ses lésions n’ont été jugées irrémédiables et depuis quelques jours, elle arrive à bouger un index. Yvette, employée dévouée à la famille Andrioli, s’occupe d’Elise et lui raconte les derniers cancans.

Lors d’une visite au supermarché, alors qu’Yvette laisse Elise dehors, sous la surveillance lointaine du garde, une fillette s’approche d’elle et commence à lui raconter une histoire horrible: la Mort des Bois emporte des enfants. D’ailleurs elle a enlevée Michaël, il est dans les bois, "très mort"… Elise se demande si la gamine est folle. Pourtant, aux informations, ils ont parlé de la disparition d’un petit Michaël. Et si la petite fille savait vraiment quelque chose? Si elle était en danger?

Le mystère qui entoure la petite Virginie donne à Elise un sujet à méditer autre que son handicap et peu à peu, elle va reprendre goût à la vie, devant le défi que lui lance sa rencontre avec l’enfant. Elise devra montrer aux autres que son cerveau fonctionne toujours à 100%, qu’elle n’est pas le légume qu’on suppose (seule Yvette parle à Elise, convaincue qu’elle entend et comprend), et il lui faudra faire appel à toute sa volonté pour tenter de retrouver une certaine mobilité.

Loin d’être déprimant, le personnage d’Elise a de l’humour et du courage, et on tourne la dernière page en ayant hâte de la retrouver dans une nouvelle aventure (La Mort des Neiges). L’intrigue elle-même est captivante, l’auteur brouille les pistes et le dénouement est intense. Il faut l’admettre cependant: la solution du problème est un peu tirée par les cheveux et j’ai sans peine identifié le coupable avant la fin…

En contrepartie, Aubert exploite, avec son personnage, un genre de roman policier différent: celui ou la perception du héros/narrateur est réduite, limitant par là même les informations auxquelles le lecteur a accès. Ce point de vue particulier s’avère une source de suspense très efficace, et Aubert a très bien réussi quelques scènes particulièrement effrayantes. On arrive parfaitement à s’imaginer à la place d’une personne aveugle et paralysée, et qui est donc complètement à la merci de son environnement…

Conseils aux lecteurs: A moins que vous ne soyez pas facilement impressionnables, évitez de lire La Mort des Bois seuls (un chalet dans la forêt, pas un voisin à 1 km à la ronde…) ou vous serez bons pour une nuit d’insomnie à guetter le moindre bruit suspect (je vous aurais prévenus, ne venez pas vous plaindre…)

Note: 4/5