Après les agapes festives et leurs cohortes d’abus divers, vient le temps de reprendre les bonnes habitudes alimentaires, et pour cela, rien de mieux que le nouveau livre de Dominique Loreau, L’Art de la frugalité et de la volupté.

Dominique Loreau, auteur de L’Art de la Simplicité, L’Art des Listes, et L’Art de l’essentiel, n’est pas nutritionniste ou diététicienne. Il ne faut pas attendre de son ouvrage de la rigueur ou des décomptes de calories. Son ouvrage est fondé sur le bon sens, et aussi, comme les précédents, sur son expérience nippone, le Japon étant son pays d’adoption, où elle vit depuis plus de trente ans.

Ceux qui ont déjà lu les livres de Dominique Loreau le savent, ce sont plus que de simples ouvrages pratiques, puisqu’on y trouve aussi des réflexions philosophiques proches du bouddhisme zen. Cet ouvrage ne fait pas exception. Loreau ne propose pas un régime, mais une nouvelle façon de s’alimenter, une nouvelle façon aussi de considérer les aliments et l’acte même de se nourrir:

Se nourrir, ne l’oublions jamais, a pour but premier de maintenir le corps et l’esprit en bonne santé afin d’atteindre des sommets plus élevés de la conscience.

Elle nous conseille de réapprendre la sensation de satiété, que nous savions reconnaître dans la petite enfance mais que malheureusement, notre excessive alimentation occidentale nous fait oublier en grandissant. Elle recommande ainsi de réduire ses portions, et pourquoi pas de nous détacher de la traditionnelle assiette, pour manger notre nourriture dans un bol japonais, au contenant moins grand. Elle nous décrit le o bento japonais, ce repas fait des restes de la veille que les japonais emportent avec eux dans une petite boîte compartimentée, qui offre l’avantage de petites portions et d’un menu varié.

Elle nous confirme ce que nous, c’est à dire ceux et celles qui luttons contre les kilos en trop, savions déjà: pour se nourrir sainement, il faut cui-si-ner. Le salut n’est pas dans les plats surgelés ni chez le livreur de plats chinois, mais dans nos cuisines. Et pour que ceci ne soit pas une corvée, il faut retrouver le plaisir de cuisiner. Heureusement, cuisiner peut être assez rapide, et Dominique Loreau nous transmet en fin d’ouvrage quelques recettes “maison”.

Pour éviter de trop manger, il faut aussi éviter de trop acheter, et Loreau nous aide en cela en nous fournissant la liste des choses indispensables à avoir chez soi, pour être en mesure de manger équilibré à chaque repas, et aussi du matériel dont nous avons réellement besoin pour cuisiner (comme dans l’Art de l’essentiel, Loreau bannit le superflu).

Et surtout, il ne faut pas oublier que manger est une expérience qui met à contribution tous les sens, et il ne faut pour cela en négliger aucun. Elle se réfère pour cela encore à l’exemple japonais, chez qui le visuel, est tout aussi important dans la cuisine que le goût, les autres sens ne devant pas être en reste.

Manger, affaire d’esthétique autant que de besoin vital, s’élève ainsi au rang de rituel et regagne ses lettres de noblesse. Loreau parle aussi des repas pris en famille ou entre amis, ou l’essentiel devrait être de partager un moment ensemble, et non de se gaver ou de gaver ses invités. Ainsi, ne pas finir son assiette ne devrait pas être considéré comme impolitesse mais respecté comme l’indication que l’hôte a mangé à sa faim. Loreau montre comment, au Japon encore, la conception des repas pris en commun diffère de la nôtre…

Comme l’Art des listes, L’Art de la frugalité et de la volupté est un peu fouillis. On y retrouve de bons conseils, des citations très pertinentes, des anecdotes culturelles intéressantes, ainsi que quelques recettes, le tout un peu pêle-mêle. Personnellement, les recettes elles-mêmes ne m’ont pas beaucoup inspirée, à une ou deux près, mais j’aime les livres de Dominique Loreau empreints d’une sagesse zen proche de mes aspirations. Son meilleur livre jusqu’à présent reste L’Art de l’essentiel (dont j’écrirai la critique lors d’une prochaine et inévitable relecture…)

Note: 4/5