Au théâtre de la Fenice, à Venise, les spectateurs assistent à une représentation de La Traviata. A la fin de l’entracte, l’illustre Wellauer, chef d’orchestre de réputation internationale, ne réapparaît pas sur scène. Il est retrouvé dans sa loge, mort par empoisonnement au cyanure…

Pour le commissaire Guido Brunetti, l’enquête s’annonce particulièrement délicate. Le monde artistique est sous le choc de la disparition du maestro, dans des conditions qui ne font pas une bonne publicité à la ville de Venise: on attend donc de Brunetti des résultats rapides. C’est ce que lui fait comprendre Giuseppe Patta, son supérieur hiérarchique, aussi présomptueux qu’inefficace…

Au cours de son enquête, Brunetti s’aperçoit que les suspects ne manquent pas, autant parmi les musiciens que les chanteurs, qu’ils soient italiens, ou allemands, comme la victime elle-même. Plus il creuse sous la façade de l’homme adulé par les amateurs de musique, plus le commissaire découvre les traits d’un homme peu sympathique. Suspecté d’appartenance au parti nazi pendant la seconde guerre mondiale et homophobe dans un milieu artistique, Wellauer s’était fait beaucoup d’ennemis au cours de sa vie…

Stimulé par les remarques pertinentes de sa femme Paola, renseigné par un beau-père avec lequel il ne s’entend guère mais qui est une mine d’informations, Brunetti multiplie les interrogatoires et s’arrange pour mettre à jour la vérité et faire triompher la justice, ou du moins, une certaine vision de la justice…

Mort à la Fenice est le premier roman de Donna Leon et a remporté à sa sortie le prix japonais Suntory, qui récompense les meilleurs suspenses. Il y a quelques temps j’avais lu L’Affaire Paola, qui ne m’avait pas particulièrement impressionnée. Dans Mort à la Fenice, on retrouve l’ambiance des rues labyrinthiques de Venise, son charme désuet (singulièrement peu attrayant en hiver, on en retient surtout la pollution causée par les usines avoisinantes et la froideur de certains immeubles), et la lenteur des procédures policières italiennes, qui permet à Donna Leon d’écrire des romans dans une tradition tout droit inspirée d’Agatha Christie, faisant reposer l’enquête beaucoup plus sur l’interrogatoire des suspects que sur les résultats d’analyses criminologiques. L’intérêt de Mort à la Fenice tient à son intrigue bien ficelée et à l’originalité de sa solution: je recommande vivement ce roman aux amateurs de littérature policière…

Note: 4/5