Avec La Femme du 5e, Douglas Kennedy s’écarte du genre de romans qu’il a l’habitude d’écrire, pour autant que l’on puisse déceler de réelles habitudes chez un auteur qui a l’art de savoir se renouveler. Pourtant, avec ce dernier, Kennedy prend un nouveau tournant, se rapprochant à la fois du roman noir et d’une certaine tradition de littérature fantastique.

Le narrateur, Harry Ricks, un américain de l’Ohio, vient en France après une série de déboires qui lui ont valu en peu de temps de perdre son emploi, sa femme, et même sa fille adolescente, qui refuse de lui adresser la parole. C’est dans un hôtel recommandé par un collègue qu’Harry atterrit ce jour-là, mais le réceptionniste s’avère être un individu de la pire espèce… Harry, atteint d’une grippe particulièrement virulente, est condamné à rester à l’hôtel où ce dernier profite de sa faiblesse pour lui extorquer le plus d’argent possible. Il y rencontre Adnan, le veilleur de nuit, un turc qui lui propose un logement sordide rue du Paradis. Harry n’a pas le choix, car ses maigres ressources fondent comme neige au soleil. Il accepte la chambre de bonne, et bientôt un emploi louche de gardien de nuit qui lui permet d’écrire le roman dont il a toujours rêvé d’être l’auteur.

L’aspect du livre qui rappelle tous les autres; la constante dans les romans de Kennedy, c’est la descente en enfer que va connaître le personnage. Car si l’on croyait au début du roman qu’il avait atteint le fond du gouffre, on s’aperçoit qu’il en était encore loin: querelles avec un voisin brutal au sujet de l’hygiène des toilettes communes, soirées tristes de beuveries solitaires, et aventure sordide pour laquelle il pourrait payer le prix fort ne sont rien à côté des événements sanglants dans lesquels il va se trouver impliqué…

À côté de cette vie dégradante, comme une parenthèse insolite dans sa vie, Harry rencontre Margit, femme hongroise plus âgée que lui, attirante et mystérieuse, qu’il rencontre tous les trois jours entre cinq et sept. C’est elle qui fixe les règles de leurs rendez-vous, et, au fil du temps, il va apprendre l’histoire tourmentée de son étrange maîtresse. Mais qui est Margit pour Harry? Une présence bénéfique dans une existence autrement sordide? Une complication de plus? Margit est-elle ange ou démon?

Dans La Femme du Ve, Douglas Kennedy s’inspire de Simenon que son personnage lit constamment, et évoque les bas-fonds de Paris, un Paris qu’il semble connaître comme le fond de sa poche. Il dépeint les contrastes entre la bourgeoisie cossue et la misère des quartiers peuplés d’immigrés, le faune louche de la nuit, la déchéance dans laquelle l’homme peut tomber, si la chance oublie de lui sourire. Il évoque aussi la culpabilité, et la lourdeur du passé que chacun traîne avec soi. Si le côté roman noir convient parfaitement à Kennedy (qui nous en avait donné un avant-goût version australienne avec Cul-de-Sac), et si Paris lui réussit aussi, je suis un peu plus sceptique par rapport à l’aspect surnaturel de cette histoire aux allures faustiennes, qui semble une pirouette bien facile pour se sortir d’un scénario aux complications inextricables…

La Femme du Ve est un Douglas Kennedy d’un genre différent, et qui n’est pas sans mérites, mais ce n’est pas le meilleur à mon goût…

Note: 3,5/5