À travers deux narratrices successives, Douglas Kennedy dévoile les secrets d’une famille, avec en arrière-plan plus de 50 ans d’histoire américaine.

Le jour de l’enterrement de sa mère, la première narratrice, Kate Malone, publicitaire divorcée et mère d’un petit Ethan, remarque une femme d’un certain âge, qu’elle ne connait pas, et qui bientôt cherche par tous les moyens à rentrer en contact avec elle. Kate prend peur et refuse de parler à l’inconnue, jusqu’au jour où celle-ci lui fait parvenir un album photo…

L’inconnue est Sara Smythe, la deuxième narratrice. Née dans les années 20 au sein d’une famille WASP de Hartford, Connecticut, élevée par des parents particulièrement rigides, Sara rêve de prendre sa vie en main. Epaulée par un frère bohême et homosexuel, elle se révolte contre l’esprit conformiste de sa famille et part à Manhattan où on lui propose un poste de stagiaire. Un jour de 1945, lors d’une soirée organisée par son frère où elle ne voulait pas se rendre, Sara rencontre Jack Malone, un journaliste d’origine irlandaise, dont elle tombe immédiatement amoureuse. Après une nuit de passion, de nombreuses promesses de s’écrire et de se revoir neuf mois plus tard, Jack doit partir pour une base militaire anglaise. Sara écrit, mais les lettres de Jack se font attendre…

Parallèlement à l’existence de Sara, une femme volontaire et pleine de ressources résolue à ne pas se laisser abattre par un destin contraire, Kennedy raconte les années d’après-guerre, et notamment la période trouble et paranoïaque du Maccarthysme, qui fait des ravages dans la vie de Sara.

La Poursuite du Bonheur est l’un des romans les plus ambitieux de Douglas Kennedy (avec Les Charmes discrets de la vie conjugale). Comme dans d’autres romans, il évoque la capacité de l’être humain à rebondir dans les pires situations, mais aussi, ici, pendant la période de la chasse aux sorcières, la question de la responsabilité est abordée. Un être humain doit-il dénoncer autrui pour protéger les siens ou doit-il se montrer un héro intègre quitte à tout perdre, jusqu’à sa propre vie? La question du bonheur est centrale puisqu’elle est le titre même du roman. Le bonheur est-il atteignable et à quel prix? Que sommes-nous d’accord de sacrifier, quelles compromissions sommes-nous prêts à faire pour l’atteindre? Mais comme l’écrit Douglas Kennedy, dans une conclusion un peu amère et réaliste:

La plupart d’entre nous sont bourrés de bonnes intentions et pourtant nous n’arrivons qu’à décevoir les autres, et nous-mêmes. Que reste-t-il alors, sinon essayer encore? C’est la seule chance qui nous reste. Vivre, c’est essayer.

Le seul bémol que je mettrais à La Poursuite du bonheur et aux romans de Kennedy dont le narrateur est une narratrice, c’est son incapacité nuancer quand il s’exprime par le biais d’une femme. Ainsi, entre la voix de Kate et celle de Sara, on ne remarque aucune différence notable. Toutes ses narratrices féminines en général sont des femmes de caractère, fortes et un peu sèches, et je trouve dommage que Kennedy n’arrive pas mieux à exprimer les nuances entre les différentes personnalités féminines…

Un très bon roman, qui, malgré sa longueur, se lit très vite. On en redemande…

Note: 4/5