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Est-ce que tout se réduit à la façon dont nous l’interprétons, à la version que nous voulons lui donner? Ou bien avais-je été immergé en moi-même trop longtemps? Peut-on prétendre connaître quelqu’un d’autre lorsqu’on reste aussi inatteignable pour soi-même?

Murmurer à l’oreille des femmes est un recueil de nouvelles, ce qui explique pourquoi je ne me suis pas jetée dessus à sa sortie, comme sur tous les autres livres de Douglas Kennedy, et pourquoi j’ai attendu bien sagement qu’il sorte en poche. Longtemps amatrice de nouvelles (à l’adolescence, je ne jurais que par Guy de Maupassant), je préfère maintenant me plonger dans des histoires au long cours, qui me plongent durablement dans d’autres univers. Et puis, critiquer un recueil de nouvelles n’est jamais aussi aisé que critiquer un roman, car il est souvent difficile de trouver un fil conducteur, une unité, derrière plusieurs histoires.

Ici, le fil conducteur, c’est les relations hommes-femmes, qui sont au coeur de chacune de ces histoires, que le narrateur soit un homme ou une femme, et quel que soit son âge. Cependant, ne vous laissez pas tromper par le titre (étonnement peu approprié au recueil, je lui préfère de loin le titre anglais, Do you know what your problem is, éponyme à l’une des nouvelles) : il ne s’agit pas d’histoires d’amour édulcorées, où “ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfant” à la fin. Mais cela, si l’on connaît bien les romans de Douglas Kennedy, ne nous étonnera pas…

Ce qui est au coeur de chacune de ces nouvelles, c’est l’incompréhension inhérente aux relations hommes-femmes, les attendes déçues, de part et d’autre, les illusions nourries et trompées, l’usure du quotidien, les occasions manquées, les regrets. Ces histoires nous présentent une vision plutôt cynique de l’amour: des couples qui se déchirent après s’être aimés, des relations pourtant prometteuses qui tournent au vinaigre, des histoires d’adultères, des histoires vouées à l’échec, où les deux partenaires ne sont pas sur la même longueur d’onde dès le départ, et des deuxièmes chances qui n’en sont finalement pas…

Les deux histoires que j’ai préférées dans ce recueil sont Couche-tard, l’histoire d’un écrivain frustré qui est persuadé de tenir enfin son grand roman et qui est prêt à tout pour que rien ni personne (et surtout pas sa femme) n’interfère avec sa créativité, et L’Appel, dont le narrateur a commis une erreur et s’apprête à saboter tout ce qu’il a mis du temps à construire dans sa vie en l’espace d’une journée.

Murmurer à l’oreille des femmes est un très bon recueil de nouvelles psychologiques, qui, s’il n’a pas, bien sûr, la consistance d’un roman, plaira plus aux amateurs du dernier livre de Kennedy, l’excellent Cinq jours, où il s’intéresse aux relations hommes-femmes, qu’aux fans de ses thrillers trépidants (L’Homme qui voulait vivre sa vie, Cul-de-Sac), ou des grandes sagas qui mêlent des destins particuliers aux grands mouvements de l’histoire (La Poursuite du bonheur, Les Charmes discrets de la vie conjugale). L’intérêt d’un auteur tel que Douglas Kennedy, c’est qu’il excelle dans chacun de ces domaines…