Les visiteurs de ce site l’auront peut être compris en lisant la critique consacrée à l’Enigme de Barilier: j’ai un faible pour les romans qui mêlent intrigue et histoire, culture et divertissement…

Le titre de Qumran m’a immédiatement plu: un roman ambitieux présentant une intrigue qui s’en prend aux fondements de notre civilisation judéo-chrétienne; de belles heures de lectures en perspective…

L’histoire démarre ainsi: l’un des manuscrits de la mer Morte découvert en 1947 à Qumran a été dérobé. Des meurtres semblent liés à sa disparition: plusieurs cadavres sont retrouvés crucifiés sur d’étranges croix. Shimon Delam, chef de l’armée d’Israël, convoque David Cohen, son ami, un archéologue spécialisé dans l’étude des écrits anciens. Avant de le lancer sur la piste du rouleau disparu, Shimon lui demande de faire équipe avec son fils unique, Ari. Ari a pourtant quitté sa famille laïque (mère communiste et père pour qui l’archéologie tient lieu de Talmud), plusieurs années auparavant, pour vivre son idéal hassidique dans le quartier de Méa Shéarim, à Jérusalem. Lui et son père devront réapprendre à se connaître, pendant une enquête qui modifiera à jamais le destin d’Ari et qui les conduira de Jérusalem à New York, puis à Londres, pour finir à Qumran.

Un mystère autour de la vie de Jésus conduira Ari à s’intéresser de près à l’ancienne secte des esséniens, et la vérité qu’il découvrira remettra en question tout ce qu’il croyait savoir, y compris à propos de son propre père. Le long du chemin, il rencontrera une embûche qui testera sa foi et sa résolution, en la personne de Jane, journaliste à la Biblical Archeological Review et chrétienne…

Le synopsis est intéressant… Cependant, n’est pas Umberto Eco qui veut. Qumran pourtant ne pèche pas par manque d’érudition: de l’érudition on nous en assène à chaque ligne. Eliette Abécassis nous éclaire, certes, mais elle en oublie de nous distraire. L’enquête est poussive, elle s’embourbe dans les explications cabalistiques et les transes du deveqout (idéal de la vie mystique où le hassidim établit un lien intime avec Dieu). C’est dommage… Le point de vue d’Ari, héros peu ordinaire dont on découvre la vie au sein de la communauté hassidique de Jérusalem, est fort original. Cependant, le style d’Abécassis siérait mieux à une thèse de doctorat qu’à un roman policier. Abécassis veut trop en faire et ça se sent. C’est un défi pour les écrivains qui effectuent un gros travail préliminaire de faire ressortir la quintessence de leurs recherches dans le roman et de reléguer le reste aux oubliettes. Barilier a très bien su le faire dans L’Enigme, il a nous a livré le nécessaire et épargné le superflu. Ou alors, il faut avoir ce style exceptionnel qui fait passer avec grâce l’excès de connaissances sans nous donner d’indigestion. Avec Abécassis, on a plutôt l’impression d’un grand déballage… L’agrégée de philosophie a eu de la peine à se départir d’un académisme qui, malheureusement, sied mal au roman policier…

Ma critique de Qumran est certainement un peu sévère; le roman a de nombreux bons côtés: l’originalité du personnage d’Ari, la formidable érudition de l’auteur (qui a écrit Qumran à 27 ans), et le dénouement de l’histoire, qui a de quoi surprendre… Simplement, quand on s’attaque à un genre représenté par des écrivains tels qu’Umberto Eco, on n’a pas droit à l’erreur. Barilier a bien mieux tenu le pari avec l’Enigme (qui est sorti après mais que j’ai lu avant…), et lorsqu’on a lu ces deux ouvrages, devant la similitude des thèmes traités, on ne peut s’empêcher de les comparer, à mon avis au détriment de Qumran

Note: 3/5