Dans cet essai écrit en 2004, Etienne Barilier en finit avec toutes les théories du complots et autres comportements d’auto-flagellation qui ont été la conséquence des attentats du 11 septembre 2001. A contre-courant du politiquement correct en vogue en Europe, il nomme les vrais responsables derrière les attentats du 11 septembre, l’Autre, qu’on n’ose pas dénoncer, qui est "intouchable",on que l’on continue à méconnaître et à mésestimer, car sous prétexte de tolérance "il faut prétendre embrasser celui qui nous étouffe".

On préfère alors haïr l’Amérique, cet partie de nous (Occident) qui nous fait honte et dont le comportement nous outrage, et ceci nous conduit à faire des amalgames comme celui de comparer la guerre et le terrorisme, pourtant deux notions complètement différentes. Barilier nous rappelle donc ce que nous devrions pourtant savoir, que la guerre déplore les pertes civiles et s’efforce de respecter l’ennemi, qu’une guerre juste vaut parfois mieux qu’une paix à n’importe quel prix, tandis que le terrorisme qui ne connaît ni règles ni bavures "apporte la nuit. Il est […] le non-sens, et le mépris du sens."

Barilier nous explique ensuite pourquoi les principes de l’Islam vont à l’encontre de la notion de laïcité:  l’homme, soumis au texte d’origine divine, n’est pas libre d’interprétation, donc pas libre du tout, puisque soumis à Dieu. Ainsi, pour éviter une lecture littérale, il faut déjà s’extraire de la religion, et les quelques courageux qui le font voient leur existence menacée: "Car enfin c’est le Coran, parole divine, qui donne lecture de lui-même, et se profère dans le croyant, ce n’est pas l’inverse". La question de la laïcité, qui repose un choix, une remise en question, s’avère blasphématoire, et c’est pourquoi peu de gens se la posent vraiment. Barilier évoque aussi la condition de la femme dans l’Islam, rappelant, que plus que les sourates adverses aux femmes, le message le plus parlant en ce domaine concerne le fait que celles-ci s’adressent exclusivement au lecteur masculin.

Barilier compare l’Islam à la Mecque ou à l’ancienne Jérusalem, une société basée sur la religion qui règne en maître. Les États-Unis, dans leur position d’état fort, ressemblent à Rome du temps de sa grandeur (et rien d’étonnant à son attitude de maître du monde, nous dit Barilier sans cependant approuver cette attitude, mais nous avons tendance à oublier que quand l’Europe était dans sa position, elle agissait exactement de la même façon), quand à l’Europe, son salut est dans l’exemple d’ Athènes, la société qui fait triompher la raison et qui met l’humain au centre des préoccupations, la représentatrice, en un mot, de la démocratie qui fait " le choix de l’autonomie humaine face à toute Loi qui lui serait opposée de l’extérieur ou du dessus". Elle pourrait ainsi garder sa capacité critique mais en cessant de se renier, comme elle le fait à présent.

Il est difficile en quelques lignes de rendre justice à l’essai d’Etienne Barilier, mais ce qu’il nous dit finalement, c’est qu’avant de reprendre les jugements à l’emporte-pièce de quelques intellectuels en mal de mea-culpa (Arundathi Roy, Noam Chomsky ou encore Jean Baudrillard) ou des médias, il faut remettre les choses dans un contexte historique et se poser la question de ce qu’est la civilisation, et se rappeler des leçons de la Grèce antique ou du siècle des Lumières, et cela évidemment, passe une fois encore par l’éducation des enfants, non pas celle qui consiste à leur apprendre à se servir d’un ordinateur, mais celle qui remet au goût du jour l’étude de ce qui définit notre identité en tant que civilisation, l’histoire ancienne, celle de la démocratie et des principes que nous avons oubliés, car en ne les connaissant pas, "nous perdons la liberté sans savoir que nous la perdons; avec la perte, disparaît la mesure de la perte, et le désir même de la reconquête." Et c’est ainsi qu’une société toute entière peut se trouver menacée par l’obscurantisme toujours prêt à resurgir dans l’ombre de l’ignorance…

Un essai courageux par un véritable humaniste…

Note: 5/5