Dans les années 70, Martin, instituteur danois de trente-huit ans, désire vivre la grande aventure. Il rencontre l’inspecteur de l’Education nationale, Bjorn Gudmandsen, afin de se faire muter au Groenland. Gudmandsen a de grandes idées sur l’instruction des enfants groenlandais et est l’auteur d’une méthode, Lars & Lone, qu’il essaie d’écouler dans les écoles. Il pense que les petits groenlandais on tout à apprendre des danois: leur langue et leur culture.

Martin n’entend pas les choses de cette oreille: il compte bien sûr enseigner le danois aux enfants (lui-même ne parle pas le groenlandais), mais il est persuadé qu’il a autant à apprendre des habitants de ce pays qu’à leur enseigner. Ainsi. lorsque Martin arrive à Nunaqarfic, petit village isolé, il est rempli de bonne volonté et n’a qu’une hâte: apprendre à conduire un traîneau. C’est peut être pour cela qu’après une semaine, il se retrouve en possession de 21 chiens quand une dizaine suffit à tirer un traîneau…

A Nunaqarfic, Martin va expérimenter le choc des cultures: choc des coutumes, lorsque Martin constatera qu’au Groenland on rie de tout même des malheurs, ou bien qu’à Noël on rend visite à tout le monde tout en recevant tout le monde chez soi. Choc des langages aussi, lorsqu’il s’apercevra que pour s’exprimer en Groenlandais, il ne faut pas seulement apprendre le vocabulaire, ne pas se tromper dans la prononciation, mais également changer tout son système de pensée…

Imaqa est un roman plein d’humour et d’anecdotes, dans lequel on apprend comment il est possible de faire de la moto dans une région sans route ni sentier ou pourquoi la livraison d’une cargaison de PQ génère parfois plus d’enthousiasme que l’arrivée d’une star d’opéra.

Derrière l’humour, un regard plein d’affection sur le peuple groenlandais, ses forces: son immuabilité, l’endurance de son peuple face aux épreuves de la nature, son talent pour la chasse et sa bonne humeur permanente, mais aussi ses faiblesses: une fierté qui empêche les gens d’exprimer leurs sentiments, les obligeant à les enfouir dans la bonne humeur… et dans l’alcool, dont la consommation semble être un sport national.

Une critique aussi de la société moderne et particulièrement, ici, danoise, et de son besoin d’effacer les particularités groenlandaises et d’écraser l’héritage culturel ancestral pour uniformiser par l’accès au "progrès". Les méfaits de cette uniformisation sont illustrés par les personnages de Jakunguaq, qui revient d’une année scolaire au Danemark avec un dégoût pour la nourriture locale et un certain mépris de ses semblables et par son père Abala, qui abandonne sa vocation de chasseur pour partir travailler dans les mines danoises, avec des conséquences désastreuses pour sa famille.

Imaqa et un roman très agréable à lire, dépaysant, instructif et tour à tour tragique et drôle…

Note: 4/5