À l’aube du nouveau siècle et millénaire, Frédéric Beigbeder passe en revue les 50 oeuvres qui ont été élues par 6000 français comme les meilleures du XXème siècle; il en fait l’"inventaire avant liquidation".

De Nadja d’André Breton, 50e au classement, à L’Étranger de Camus, en tête, Beigbeder propose de brèves critiques, qu’il veut sans prétention, des oeuvres élues. Il s’agit de "lire ces livres célèbres comme si c’était la première fois, comme s’ils venaient de paraître, avec légèreté et inconséquence". Usant de pédagogie, Beigdeber semble vouloir promouvoir la lecture auprès des jeunes et étoffe ses critiques de références populaires, de Yoda a Marilyn Manson en passant par Patrick Bruel. Moins prétentieux que Jean d’Ormesson et son histoire de la littérature française, Beigbeder ne se débarrasse pourtant pas d’un certain snobisme littéraire, et prend bien soin de se démarquer de la masse des lecteurs ignares. Ainsi, parlant de l’Être et le Néant de Sartre, il écrit: "Je ne suis pas convaincu que les votants aient tous compris, voire lu l’Être et le Néant, […] car il s’agit d’un traité philosophique d’une écriture ardue, dans lequel Sartre fonde l’existentialisme […]".

Honte a lui, Beigbeder admet qu’il n’avait pas lu l’un des cinquante livres avant de s’attaquer à l’écriture de son Dernier Inventaire. Moi qui ne suis pas critique pour Lire ou Le Figaro Littéraire comme Beigbeder, j’avoue n’en avoir lu que 27, soit un peu plus de la moitié. L’honneur est sauf, d’autant plus que Les Faux-Monnayeurs, Le Deuxième Sexe et Tristes Tropiques sont sur ma liste de livres à lire prochainement (c’est à dire dans les cinquante prochaines années). Après lecture du Dernier Inventaire, Sous le Soleil de Satan de Bernanos rejoindra cette liste …

Beigdeber relève les tendances de la littérature du siècle qui vient de s’achever: une littérature futile (Gatsby le Magnifique, Bonjour Tristesse), côtoyant divers témoignages des désillusions idéologiques et des atrocités de notre siècle (La Condition Humaine, L’Archipel du Goulag, Le Journal d’Anne Frank). Parfois la perte des illusions conduit à l’absurde (Le Désert des Tartares, En Attendant Godot, La Cantatrice Chauve), parfois à une philosophie de l’absurde (L’Étranger, L’Être et le Néant).

Beigbeder, que je ne connaissais pas auparavant, et dont les ouvrages de fictions ne m’attirent à priori absolument pas, a réussi ici un travail intéressant. Il fournit une bon condensé et une analyse brève mais efficace de chaque oeuvre, en donnant son avis sincère. Ainsi, on comprend qu’il n’aime pas beaucoup Sartre ou Prévert, qu’il trouve Le Nom de la Rose d’Umberto Eco surévalué, et que La Vie Mode d’Emploi souffre des contraintes que Perec lui a imposées. L’humour dont il parsème ses pages est parfois drôle et parfois plutôt lourd. Mais cette opinion n’engage que moi, car, comme Beigbeder le dit lui-même:

Un critique est un lecteur comme les autres: lorsqu’il donne son avis favorable ou défavorable il n’engage que lui-même, et encore, une de ses nombreuses facettes contradictoires.

Note: 4/5