J’arrive, assez tardivement, à la lecture de la fameuse trilogie du japonais Haruki Murakami. La raison pour laquelle j’ai attendu si longtemps est qu’il n’était pas question que je finisse le tome 1, que j’enchaine sur le 2 (qui est paru en même temps que le premier, il me semble), et que j’attende 6 longs mois pour connaître le dénouement de l’histoire. Après tout, j’ai bien eu la patience d’attendre de nombreuses années que Stephen King finisse sa Tour Sombre pour me plonger dans l’univers de Roland et de ses compagnons, ou que l’intégrale de Lost paraisse avant que je ne découvre les secrets de l’île et ce qu’il allait advenir des rescapés du vol 815… Par comparaison, six malheureux mois, ce n’était pas si long…

1Q84 est une histoire complexe, comme son titre. La narration alterne entre deux personnages, Aomamé et Tengo, deux âmes sœurs qui se sont reconnues pendant un bref instant au cours de leur enfance et se cherchent plus ou moins inconsciemment depuis. Aomamé est une femme assassin professionnel (le lobby féministe qui impose son diktat sur le  langage exigent-elles que l’on dise “une assassine professionnelle” ou ne revendiquent-elles pas le féminin de ce mot-là?), qui règle leur compte aux hommes violents envers les femmes. Solitaire, d’abord peu sympathique, elle refuse de s’impliquer avec un homme et privilégie les relations de passage. Tengo, de tempérament plus doux, est un professeur de mathématiques charismatique et un écrivain en devenir, dont les écrits sont souvent retenus aux concours mais ne reçoivent jamais le premier prix.  Le noyau de l’histoire tourne autour d’une secte mystérieuse, les Précurseurs et des Little People, d’étranges petits personnages qui se servent de vaisseaux humains pour passer d’un monde à l’autre. L’autre monde? C’est celui de 1Q84, très semblable au monde normal, à quelques exceptions près: de la terre, on peut voir deux lunes, et les uniformes des policiers sont un peu différents… Dans quel monde évoluent Aomamé et Tengo, qui, chacun de leur côté, vont se retrouver mêlés à la secte des Précurseurs? Sont-ils passés dans le monde de 1Q84 sans s’en apercevoir ou glissent-ils à leur insu d’un monde à l’autre? Cela n’est pas très clair à l’issue du premier tome…

Les critiques que j’ai pu lire ailleurs sont exactes: Haruki Murakami passe beaucoup de temps à mettre en place l’action et les personnages, si bien que l’intrigue ne prend réellement corps que tard dans le déroulement du premier volume. L’action n’est pas aussi condensée que dans l’excellent Kafka sur le rivage, et quelques passages traînent un peu en longueur. Je pourrais rajouter qu’Aomame rappelle un peu trop Lisbeth Salander de Millenium… Cependant, on retrouve l’univers particulier de Murakami, le réalisme magique, l’onirisme qui caractérisent ses récits, Et puis surtout, on est intrigué par cette étrange secte des Précurseurs et on a envie d’en savoir plus sur les Little People: pari réussi pour Murakami puisque son premier tome m’a donné envie de lire la suite…

Note: 4/5