La Forêt des Mânes est le troisième volume, tant attendu, de la trilogie du mal, démarrée par La Ligne noire (qu’il me reste encore à lire), et poursuivie par l’excellent Serment des limbes. Entretemps, Jean-Christophe Grangé avait sorti le décevant Miserere, qui m’est apparu comme un patchwork réalisé à partir d’un assemblage d’informations collectées par l’auteur pour ses différents livres.

Si l’intrigue de La Forêt des Mânes est un peu plus creusée que celle de Miserere, le roman n’est malheureusement pas à la hauteur du Serment des Limbes. Pourtant, l’histoire démarre bien, et après quelques pages dont on se demande l’utilité, sur l’affaire d’une vente d’armes louche au Timor oriental (qui ne sera plus mentionnée par la suite), on entre enfin dans le vif du sujet. Les cadavres de trois femmes mutilées et tuées selon un rituel précis sont découverts à Paris. L’une est infirmière dans un institut pour enfants autistes, la deuxième est généticienne dans un laboratoire d’analyses d’amniocentèses, et la troisième artiste spécialisée dans la reconstitution des peuplades préhistoriques. Jeanne Korowa, juge d’instruction, se trouve d’abord intriguée puis impliquée jusqu’au cou par cette affaire qui ne la concerne pas, au départ parce que sa propre sœur a elle-même été victime, des années auparavant, d’un crime barbare jamais élucidé…

Toute la première partie de l’histoire, se déroulant à Paris, et essayant de faire le lien entre les domaines de la génétique, de l’autisme et de l’anthropologie est captivante. Malheureusement, la deuxième partie, qui se déroule au Nicaragua, au Guatemala et en finit en Argentine, et qui devrait normalement faire culminer le suspense, ne m’a pas autant embarquée. J’ai trouvé cette partie-là de l’intrigue très linéaire et prévisible, jusqu’à la surprise finale qui pour moi n’en était pas une. Les  parties du récit dans lesquelles Grangé explique la situation politique des pays d’Amérique du Sud (sujet qui visiblement lui tient à cœur) s’intègrent parfois mal à l’ensemble, cassant le rythme de l’histoire et nuisant au suspense. Il m’a paru dommage également que l’histoire n’apporte pas de résolution au meurtre de la sœur de l’héroïne sur la laquelle Grangé attire pourtant à la fois notre attention et notre curiosité au début du roman…

Sans être totalement décevant, La Forêt des Mânes n’est pas le meilleur roman de Grangé, loin de là. À ce stade de sa carrière d’écrivain, il me semble qu’on attendrait aussi qu’il se renouvelle un peu, et que, sans renoncer à faire ce qu’il fait si bien, il remanie un peu une recette qui certes fonctionne, mais risque de lasser…

Note: 3,5/5