Le commissaire Mathieu Durey a une particularité: il est chrétien, non seulement croyant, mais aussi fervent pratiquant. Destiné tout d’abord à la prêtrise, un séjour dans le Rwanda en guerre, et surtout l’influence et l’exemple de son ami d’enfance Luc Soubeyras, un chrétien convaincu comme lui, et dont la mission sur terre est le combat contre Satan, l’orientent vers l’engagement sur le terrain: il décide de devenir flic, pour combattre le crime et la corruption dans la rue, pour être au cœur de l’action dans la lutte éternelle entre le bien et le mal.

Pourtant, quand l’histoire démarre, Luc Soubeyras est dans le coma: il a tenté de mettre fin à ses jours, acte inconcevable de la part d’un chrétien. Son ami veut absolument savoir quel événement a pu à ce point ébranler ses convictions. Il reprend donc les enquêtes en cours, et découvre que Luc enquêtait sur l’affaire Larfaoui, un brasseur corrompu retrouvé assassiné. La piste ne semble pas très porteuse, et quelques jours plus tard, Mathieu découvre une autre piste, qui ouvre bien plus de terrifiantes possibilités. Le cadavre d’une femme a été trouvé sur le site d’une abbaye dans le Jura, dans des états de décomposition différents selon les parties du corps. Même si rien ne l’indique dans les rapports d’enquête, Mathieu est convaincu, connaissant l’obsession de son ami, que ce meurtre a un lien avec des sectes satanistes. Mais la recherche de la vérité va conduire Mathieu, chrétien moderne, qui contrairement à son ami dans le coma, ne croit pas au diable, au cœur même des ténèbres, aux limites de la folie et du mal, à un endroit d’où il risque de ne pas revenir intact….

Durant le récit, on a toujours l’impression, et à raison, d’avoir un temps d’avance sur le héros, Mathieu … Mais ne nous y trompons pas: c’est bien l’auteur qui tire les ficelles de ce roman diabolique, qui nous manipule jusqu’au final époustouflant. On n’entre pas tout de suite dans le vif du sujet, mais l’on est malgré tout accroché dès la première page. Le récit, à la première personne, du point de vue de Mathieu, nous rend le héros accessible et sympathique, un héros torturé et pétri de contradictions. Contrairement à de nombreux auteurs populaires (Romain Sardou ou Guillaume Musso pour ne citer qu’eux), Grangé écrit très bien, son style s’améliore avec chaque roman, gagne en finesse et en efficacité. Grangé ose ici un roman qui entraîne le lecteur aux confins de l’horreur et du mal absolu, son personnage de flic chrétien est particulièrement réussi, et il signe ce qui est certainement son meilleur roman à ce jour (bien que je n’aie pas encore lu le premier volet de sa trilogie du mal, La Ligne noire, dans laquelle Le Serment des limbes s’inscrit aussi), et qui le hisse à la hauteur d’un autre maître du genre: Stephen King.

Note: 5/5