Jean-Christophe Grangé l’avait révélé dans une interview: Miserere ne constitue pas le troisième opus de sa trilogie sur les origines du mal, mais il est né d’une idée pour un magazine, le synopsis d’un scénario imaginant la suite d’un film. L’idée sembla trop bonne à l’éditeur de Grangé pour ne rester qu’un récit court, et il lui demanda d’en faire un roman. Alors Grangé a sorti quelques sujets de journalisme d’investigation qu’il devait avoir sous la manche et a étoffé son synopsis: mais les 500 pages résultantes et le foisonnement des sujets abordés (de la musique classique à la dictature de Pinochet, et je n’en évoquerai pas d’autres pour ne pas parachever le travail de ceux qui rédigent le quatrième de couverture et dévoiler le peu qui reste à dévoiler de l’histoire), ne parviennent pas à masquer la finesse de l’intrigue.

Grangé nous avait habitué à des retournements de situation et à des surprises finales: ici on suit la trame simpliste, qui se noie dans les méandres de quelques sujets toujours très bien documentés (mais pas toujours de très bon goût: Grangé nous avait habitué à avoir l’estomac solide, mais ici, la violence apparaît gratuite, elle ne sert pas toujours l’intrigue). La révélation finale, qui prend les deux flics aguerris de court, est apparente au lecteur un tant soit peu perspicace (et qui pour le reste a déjà été bien brieffé, ne l’oublions pas, par la lecture du quatrième de couverture), dès les premières pages.

Loin derrière l’excellent Serment des Limbes, la qualité rédemptrice de Miserere (qui, en bon fourre-tout, parle justement aussi de rédemption), repose sur la relation entre les deux personnages principaux, deux flics borderline comme Grangé les aime et sait si bien les mettre en scène. Lionel Kasdan, un policier arménien à la retraite qui s’imisce dans l’affaire et fait jouer ses anciens contacts parce qu’un meurtre a eu lieu dans l’église de sa communauté et Cédric Volokine, un jeune surdoué de la brigade de protection des mineurs en pleine cure de désintoxication, forment une équipe de choc.

Miserere, qui au départ rappelle un peu Vendredi saint de Boris Starling, et qui s’achève sur une scène évoquant ce film bien connu dont Grangé s’était amusé à écrire la suite, est assez décevant par un manque d’originalité auquel l’auteur ne nous avait pas habitué. On ne peut qu’espérer que Grangé, qui reste ce qui est arrivé de mieux au thriller français de ces dix dernières années, va se racheter avec le dernier opus de sa trilogie sur le mal…

Note: 3/5