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La Vie rêvée d’Ernesto G. est l’histoire d’un médecin juif praguois, Joseph Kaplan, qui traverse le XXe siècle, puisqu’il naît en 1910 et que nous le quittons en 2010, au crépuscule d’une existence qui le mène de Prague à Paris, puis à Alger, et de nouveau à Prague.

Fils de médecin, issu de plusieurs générations de médecins, le jeune Joseph perd sa mère à 10 ans, victime de la grippe espagnole. Elevé par un père qui lui passe tout ses caprices, il partage ses années de jeunesse entre école de médecine et soirées dansantes. Ses trois passions sont la médecine, le tango, et le chanteur Carlos Gardel, dont il écoute les chansons en boucle. Comme beaucoup de jeunes, il est insouciant et égoïste (il refuse à son père le bonheur d’une deuxième union, juste parce qu’ “on est bien ensemble”). Il accepte un poste à l’institut Pasteur d’Alger, peu avant la deuxième guerre mondiale. Malgré la montée du nazisme en Europe, il ne s’inquiète pas trop pour son père, resté à Prague. Il l’appelle quand il peut puis se contente d’avoir d’imaginaires conversations nocturnes avec ce dernier. Il rencontre à Alger un groupe d’amis: Maurice, un jeune homme décidé à faire fortune, sa fiancée Christine, actrice, et une amie de cette dernière, Nelly, également actrice.

Pourtant cette insouciance prend fin lorsque la guerre finit par s’imposer même au sein de l’insouciante jeunesse algérienne: Joseph est envoyé en poste dans une station d’étude du paludisme, au fin fond de la campagne, expérience désolante dont il revient changé. Au retour, Joseph retrouve ses amis, qui ont changé eux aussi. En outre, une épidémie de peste éclate à Alger…

La deuxième partie du livre concerne le retour à Prague. Joseph doit enfin faire face au sort de son père, et c’est avec enthousiasme qu’il envisage de participer à la construction de la Tchécoslovaquie communiste avec ses nouveaux amis, Pavel et Tereza. Vient ensuite le temps de la désillusion, après l’idéal communiste, les sombres réalités du totalitarisme, des dénonciations et des emprisonnements, voire des condamnations à mort.

Et, un jour… le destin de Joseph croise celui de Che Guevara, alors que celui-ci souffrant de paludisme et d’asthme, est au plus mal. On découvre un homme devenu révolutionnaire presque par erreur, plutôt poète, qui regrette, finalement, de ne pas avoir exercé la médecine qu’il a étudiée dans sa jeunesse. Il tombe amoureux d’Elena, la fille de Joseph.

La Vie rêvée d’Ernesto G. est une saga romanesque qui traverse le XXe siècle, et dans laquelle les destins des personnages sont mêlés à la grande histoire. On y voyage, en compagnie de Joseph Kaplan, entre l’Algérie et la Tchécoslovaquie, on y partage les joies et les peines du personnage. Cependant, si j’ai beaucoup aimé la première partie, toute celle qui concerne l’Algérie, j’ai eu moins d’intérêt pour celle qui concerne Che Guevara, qui s’insère maladroitement dans le roman, puisque la narration se focalise à ce moment-là sur l’histoire d’amour entre le Che et la fille de Joseph, laissant le personnage principal au deuxième plan. C’est dommage… J’ai apprécié cependant le lien que l’auteur a établi entre ce roman et le précédent, Le Cercle des incorrigibles optimistes, au travers du personnage de Pavel.

Un bon roman, mais qui manque cependant un peu d’unité, de souffle et de conviction dans sa deuxième partie, moins passionnante que la première.