Ethan Muller, héritier des Muller, une famille juive new-yorkaise qui a bâti son empire sur l’immobilier, est galeriste à Chelsea, quartier huppé et branché de Manhattan. Il ne parle plus à son père que par l’intermédiaire du bras droit de ce dernier, Tony Wexler. Lorsque Tony l’appelle pour lui parler d’une découverte qui concerne des dessins d’artistes, la curiosité d’Ethan est éveillée. Il se rend dans le complexe résidentiel Muller, appartenant à sa famille, où, dans l’appartement déserté d’un certain Victor Cracke, se trouvent des cartons remplis de dessins visionnaires, imaginatifs, qui sont tous en relation les uns avec les autres. Il s’agit de l’œuvre d’un fou… ou d’un génie.

Peu après, un inspecteur à la retraite, Lee McGrath, contacte Ethan: l’un des dessins de Cracke représente une ronde d’anges qui ont le visage d’enfants assassinés dans les années soixante. Et voilà que l’histoire devient enquête, et qu’Ethan devient de plus en plus intrigué par la personnalité de Victor…

Les Visages est un polar atypique, dans le sens où l’histoire racontée va bien au delà d’une simple enquête policière, celle-ci restant toujours au second plan. Au récit à la première personne raconté par Ethan s’alternent des chapitres concernant l’histoire de sa famille. C’est donc aussi une saga familiale, qui remonte à 1847, quand Salomon, premier Muller venu d’Allemagne débarque aux Etats-Unis et connait des déboires qui seront à l’origine de la fortune familiale… Les Visages est aussi une étude de mœurs qui  ne manque pas de piquant, Jesse Kellerman y décrit avec humour le milieu snob de l’art new-yorkais, avec ses artistes excessifs et capricieux, ses galeristes branchés et accros à diverses substances, et ses amateurs d’art richissimes prêts à tout pour acquérir les œuvres du dernier artiste en vogue. Ethan,  malgré ses défauts de jeune homme nanti et égocentrique, est un narrateur sympathique et attachant…

J’ai apprécié Les Visages, mais que les amateurs de polars traditionnels et autres lecteurs friands d’histoires à suspense soient prévenus: l’intérêt du roman de Jesse Kellerman réside plus dans l’étude de mœurs, la psychologie des personnages et la description de certains milieux, que dans l’enquête elle-même, avec laquelle l’auteur emprunte pas mal de raccourcis, assumant son choix d’écrire quelque chose de différent. Malgré cela, je ne me suis pas ennuyée une seule minute avec la lecture de ce roman, bien écrit et bien construit, par un auteur qui, lui-même fils de deux écrivains de polars, a décidé de prendre quelques libertés avec les conventions du genre…

Note: 3,5/5