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Tout en me faisant la remarque que nous avions des goûts semblables, je l’ai observé tandis que lui aussi se tournait de mon côté. Alors que j’hésitais encore, à peu près certaine d’avoir déjà vu cette tête quelque part, le maître a ouvert la bouche le premier et m’a dit: “Vous êtes Omachi Tsukiko, n’est-ce pas?”

Tsukiko est une célibataire de quarante ans un peu désoeuvrée. Elle croise son ancien professeur de japonais dans un café. De rencontre en rencontre fortuite, de verre de saké en soupe de miso, ils en viennent à attendre avec impatience les heureux hasards qui les amènent à se rencontrer. Ils partagent des petits moments privilégiés comme une visite au marché ou une cueillette de champignons…

Peu à peu, leurs caractères se révèlent: une Tsukiko un peu dépressive et insécure dans sa relation avec les hommes, adolescente éternelle, un professeur un peu vieux jeu qui vit dans le souvenir de sa femme décédée, une femme plutôt fantasque, avec qui il a eu un fils qu’il ne voit pas souvent. Deux solitudes qui se retrouvent le soir sans se donner rendez-vous la plupart du temps, des scènes de la vie de tous les jours, une amitié qui évolue peu à peu…

J’avoue avoir eu quelques difficultés à entrer dans le récit. Autant le recueil de nouvelles Le Temps qui va, le temps qui vient m’a tout de suite séduite, autant Les années douces m’a au départ semblé un peu superficiel, un peu trop léger. Mais il faut dire qu’il y avait longtemps que je n’avais plus lu de roman japonais et, plutôt habituée ces derniers temps à l’adrénaline des polars, j’ai dû me remettre au rythme: comme il y a la slow food, il y a la slow read… Comme une cérémonie du thé se constitue d’une succession de gestes lents, la subtilité de petites touches successives construit le récit, et en fait une histoire attachante et nostalgique, une ode à l’éphémère qu’on voudrait bien prolonger, une promenade dans un jardin zen. À savourer en prenant son temps…