NE PAS LIRE CE QUI SUIT SI VOUS N’AVEZ PAS ENCORE LU Le Goût du Bonheur, Gabrielle, et Le Goût du bonheur, Adélaïde

Au début de ce troisième et dernier volume du Goût du Bonheur, le bonheur a déserté les Miller-McNally. Florent essaie de sauver du gouffre une Adélaïde qui n’accepte pas la mort de sa fille Anne et de son mari Nick. Elle voue surtout une haine inextinguible à Kitty, sa belle-soeur, même si celle-ci n’est pas sortie vivante de sa folie meurtrière…

On suit la progression des personnages de 1949 à 1967, et l’on voit grandir Léa, la fille d’Adélaïde, une enfant puis une jeune femme attachante, intelligente et qui pose beaucoup de questions, ainsi que Leah, la fille de Théodore, qu’Adélaïde prend sous sa coupe, pour rassurer Aaron, son grand-père. En rupture avec sa famille juive, Leah est une révoltée en quête de justice. Elle trouve en Adélaïde une mère idéale, et en Léa, qui est sa demi-soeur bien que chacune l’ignore, une amie.

Le folie, celle qui fait peur à Adélaïde, frappe encore au sein de la tribu. Elle prend les traits de Pierre, le fils rejeté de Béatrice, soeur d’Adélaïde, qui, élevé par la bigote Reine, cousine d’Adélaïde, est partagé entre mysticisme et sexualité troublée. Elle guette aussi celui qui n’assume pas ce qu’il est au fond de lui. Non pas Florent, pour qui le chemin sera long, du dégoût et du rejet à l’acceptation de soi, mais Francis, un acteur marié à qui il voue une grande passion.

Même si j’ai eu de mal à accrocher pendant les 200 premières pages, si j’ai plusieurs fois arrêté la lecture de ce livre avant de le reprendre encore, j’ai finalement, une fois de plus, été prise dans la tourmente des événements, captivée par les bonheurs et les malheurs d’Adélaïde et de sa tribu, et emportée par l’histoire de ce Québec des années 50 et 60, par les batailles de ces femmes courageuses pour gagner et garder leur place dans une société désespérément patriarcale. Comme son titre ne l’indique pas, ce volume se focalise beaucoup plus sur le personnage d’Adélaïde que sur celui de Florent. À bien y réfléchir, Léa y occupe aussi le devant de la scène bien plus que Florent, et la dernière partie est entrecoupées des monologues de sa psychanalyse, partie d’ailleurs fort bien réussie. Leah et Florent sont aussi présents l’un que l’autre, me semble-t-il, loin derrière Ada et Léa. Je n’ai pas été déçue, au contraire, que ce volume ne se focalise pas sur Florent, un personnage bien plus fade que les personnages féminins ou qu’un Nick McNally. Cela dit, si les passages où Florent voit en Ada sa rédemption, et lutte contre ses tendances homosexuelles, évoquent une confusion un peu lassante dans laquelle Florent se perd lui-même, j’ai trouvé beaucoup plus intéressante l’évolution du personnage dans la deuxième partie du volume. Florent sort de cette grande confusion dans laquelle le lecteur peine à se retrouver et devient enfin un personnage un peu plus affirmé, mieux dessiné, même s’il n’atteint jamais l’éclat d’une Adélaïde, dont le volume narre le lent retour à la vie et au bonheur…

À la fin de ces trois volumes, je peux dire que j’ai beaucoup apprécié cette longue saga, et même s’il y avait des longueurs, des moments où j’ai dû m’accrocher pour continuer, je ne regrette pas le voyage. Le Goût du bonheur m’a transportée ailleurs, j’ai aimé ces personnages tourmentés même si je ne les ai pas toujours compris: Gabrielle et sa force tranquille, Adélaïde et son tempérament passionné, Florent et sa sensibilité à fleur de peau. Le Goût du Bonheur m’a un peu rappelé Les Semailles et les moissons d’Henri Troyat, qui présentait aussi de formidables portraits de femmes, ainsi que La Bicyclette Bleue de Régine Deforges, pour le côté un peu sulfureux. Je peux dire que je quitte finalement avec regret les personnages de cette saga…

Note: 4/5