Dans un style plus proche de Jeanne Bourin que d’Umberto Eco, Maryse Rouy, originaire du Sud-Ouest de la France et professeur d’histoire au Québec, présente une intrigue policière sur fond d’histoire médiévale et plus particulièrement de catharisme.

Rappelons brièvement qui sont les cathares:
La croyance des cathares (du grec katharos, pur) se résume au constat suivant: Dieu ne peut être responsable du mal. Dieu a crée le monde spirituel, qui est bon, tandis que le monde matériel est l’oeuvre d’un mauvais Dieu. La doctrine cathare est donc manichéenne, mais cependant, si la dualité de l’esprit et de la matière représentent l’opposition bien/mal, les forces n’en sont pas équilibrées puisque l’esprit est éternel tandis que la matière est périssable. Le salut de l’homme réside dans la remontée de l’esprit, enfin libéré de la matière, qui n’aura lieu qu’au terme de plusieurs vies successives au cours desquelles il est censé s’améliorer. Pour les cathares, le Malin, et non l’homme, est responsable de la chute originelle. L’homme ne doit donc pas être puni, mais plutôt guidé vers le détachement du monde matériel.

Il existe trois degrés d’engagement dans la religion cathare: les sympathisants qui se faisaient améliorer (bénir) par les parfaits, les croyants qui pratiquaient humilité, amour du prochain, véracité, se soumettaient à une confession publique, et recevaient une initiation au sens ésotérique du pater. Les parfaits enfin étaient les chefs spirituels; ils étaient soumis à une discipline de fer lorsqu’ils recevaient le sacrement de la consolation, qui leur donnaient la garantie d’être sauvés. En échange, ils s’engageaient à mourir au monde. La consolation était également donnée aux simples croyant avant leur mort. Convaincus que la matière est issue du mal, les cathares étaient contre la procréation, et n’encourageaient pas le mariage. Si les parfaits faisaient abstinence, ils n’en exigeaient pas autant de leurs ouailles, qui devaient préférer l’union libre au mariage et pratiquer la contraception.

On trouve en France des communautés cathares dès le début du XIème siècle. Si en 1145, Saint Bernard déplorait déjà leur succès, il faut attendre1180 pour qu’un anathème soit déclaré contre les cathares par le pape Alexandre III, et 1207 pour qu’une croisade soit effectivement lancée en Languedoc. Béziers est détruite ("Tuez les tous, Dieu reconnaîtra les siens", dit d’Arnaud Amaury, abbé de Cîteaux), et Simon de Monfort devient chef de la croisade: pendant un demi-siècle, il persécute les cathares sans relâche, jusqu’à sa mort, en 1218. Les rescapés se réfugient dans la clandestinité, tentant de se faire passer pour des bons catholiques tout en continuant de pratiquer leur religion dans le secret. L’inquisition, confiée aux dominicains, prend alors le relais de la croisade: des centaines de personnes sont condamnées à périr sur le bûcher entre autres à Minerve, Lavaur et Moissac. C’est avec le martyre de Monségur, où entre 400 et 500 personnes se sont réfugiées pour fonder une communauté, que s’achève le mouvement cathare: 215 parfaits choisissent le bûcher plutôt que d’abjurer leur religion. A partir de là, le catharisme ne survit plus que dans quelques villages isolés, avant de disparaître complètement.

Dans Les Bourgeois de Minerve, (Minerve est l’une des villes qui furent le théâtre des événements qui amenèrent les cathares à devoir poursuivre leur foi dans le secret et sous couvert d’obédience à l’église catholique), la découverte un matin du cadavre d’un moine dominicain près du puits de la ville met ses habitants en émoi. Les dominicains étaient en effet au XIIIème siècle les représentants de la "sainte inquisition" qui traquaient l’hérésie sous toutes ces formes, dont le catharisme.

Quelle affaire a amené le dominicain à Minerve? Pourquoi et par qui a-t-il été tué? L’un des habitants cathare dont la religion proscrit pourtant de tuer même les animaux? Qui a déplacé le corps, sachant que sa découverte officielle amènerait obligatoirement la présence d’un inquisiteur que la majorité des habitants du village, cathares ou non, redoute? Où enfin se trouve le deuxième dominicain, puisque les frères prêcheurs, comme les parfaits cathares ou les templiers, voyagent toujours par deux?

C’est à toutes ces questions que le roman répond, nous présentant une galerie de personnages intéressants, de la veuve "vertueuse" à la prostituée, en passant par l’intimidant inquisiteur et l’infirme du village, qui en est aussi, les yeux, les oreilles et le cerveau.

Si le roman s’avère facile à lire et intéressant, on peut déplorer cependant que l’auteur ait choisi de rester en superficie, de se concentrer sur l’intrigue et les faits et gestes des personnages plutôt que sur un fond historique pourtant si riche. On aurait souhaité en apprendre plus sur la culture et la religion particulière à ce mouvement cathare délimité par l’histoire, mais qui pourtant a marqué durablement les imaginations.

Note: 3/5