L’Unité est un roman dystopique situé dans un futur que l’on devine pas si lointain. Dans ce futur, les citoyens qui arrivent à un âge de 50 ans (pour les femmes) et de 60 ans (pour les hommes), et qui ne se sont pas rendus nécessaires en ayant des enfants qui dépendent d’eux ou un métier utile (entendez par là, un métier tel qu’ infirmier, médecin ou assistante sociale, c’est à dire un métier tourné vers les autres, pas un métier artistique comme écrivain ou peintre, considéré comme totalement “égoïste”), sont considérés comme superflus. On les conduit dans l’Unité, un endroit ou ils sont bien traités, nourris, logés et vêtus gratuitement. Ils peuvent se livrer sans limites à des activités culturelles et sportives, ou se délasser dans leur appartement confortable ou le jardin toujours en fleurs à leur disposition. En contrepartie, ils savent qu’ils ne ressortiront pas vivants de l’unité: ils sont à l’entière disposition de la recherche médicale et des besoins des gens de l’extérieur: ils sont utilisés dans l’expérimentation de médicaments et désignés volontaires pour des dons d’organes…

Dorrit, à son arrivée dans l’Unité, est révoltée et déprimée. Elle a dû abandonner son amant Nils et son chien Jock. Pourtant, dans ce lieu ou l’on privilégie les joies du présent à un avenir incertain, elle se fait rapidement des amies, et surtout rencontre Johannes, écrivain, comme elle, sans enfant, comme elle, donc également, comme elle, superflu. Entre les deux une histoire d’amour va naître, mais, pourront-ils échapper au destin que leur réserve l’Unité?

J’ai aimé lire L’Unité, et ne me suis pas ennuyée une seule minute dans ce roman sans temps mort. Tout d’abord, j’adore les dystopies. Ces romans, à peine décalés de la réalité, sont difficiles à écrire, tant ils sont proches de ce que pourrait être, ou pourrait devenir notre société. Ensuite, je l’ai trouvé supérieur à La Ballade de Lila K., de Blandine Le Callet, autre dystopie écrite récemment, même si l’ambiance des deux romans est assez similaire. Ce qui m’a finalement le plus dérangé dans L’Unité, c’est qu’il m’a beaucoup rappelé, par son sujet, l’excellent Auprès de moi toujours, de Kazuo Ishiguro. Car si L’Unité est un bon roman, Auprès de moi toujours (Never Let me go, critique en anglais sur Discussing Books) est un chef d’œuvre avec lequel il est difficile de rivaliser. Là ou L’Unité se différencie un peu cependant, c’est que si Kazuo Ishiguro décrit une jeunesse condamnée à l’avance, incapable de se rebeller contre un sort programmé, le roman de la suédoise Ninni Holmqvist met en scène des gens d’âge mûr, qui savent à l’avance le sort qui les attend s’ils ne se rendent pas utiles, et qui auraient pu ou ont tenté d’influencer leur destin avant qu’ils ne soit trop tard. Ils semblent donc étonnant qu’ils se soumettent à une loi absurde aussi facilement que des jeunes conçus dans ce but spécifique… Ce sur quoi j’aurais souhaité que l’auteur s’appesantisse, ce sont les rouages qui ont conduit une société à en arriver à voter de telles lois, et pourquoi les gens qui tombent sous son coup ne se rebellent pas (autant on le comprend dans le cas du roman d’Ishiguro, autant la logique derrière la société décrite par Ninni Holmqvist mériterait d’être plus explicitée…) En somme, si le choix (risqué) de nous présenter le monde vu de l’intérieur (du pensionnat) dans le cas d’Ishiguro était une réussite littéraire, dans le cas de L’Unité, cette même décision nous donne l’impression de manquer d’informations et l’envie d’en savoir plus sur le contexte (et ceci est une remarque que j’avais déjà faite concernant le roman de Blandine Le Callet, La Ballade de Lila K.)…

L’Unité est bon roman tout de même, avec une fin qu’on aurait aimé, si ce n’est différente, du moins, un peu moins abrupte…

Note: 4/5