Il y a quelques temps, j’ai découvert Pat Conroy en lisant Charleston Sud. J’avais été étonnée du nombre de lecteurs déçus par cet ouvrage, que j’avais personnellement dévoré avec grand plaisir. En découvrant Beach Music, je comprends pourquoi: Si Charleston Sud est un bon roman, Beach Music est excellent et le surpasse amplement…

Encore une fois, Pat Conroy évoque la Caroline du Sud, ses marais, sa végétation luxuriante, et ses habitants aux caractères forts de sudistes. Mais dans Beach Music, le narrateur, Jack McCall, a quitté famille et amis pour refaire sa vie à Rome avec sa fille Leah, après le suicide de sa femme Shyla et une bataille juridique qui a failli lui enlever la garde de sa fille au profit de ses beaux-parents. Jack rejette son passé et a coupé les ponts avec les siens, mais quand sa mère Lucy tombe gravement malade, il comprend que les liens qui le rattachent à sa terre natale et aux gens qui l’habitent sont toujours très profonds. De retour en Caroline du Sud, il est obligé de confronter une mère avec qui il a une relation compliquée, un père alcoolique, des frères rancuniers de sa fuite, des beaux-parents traumatisés par l’holocauste et qui ont bien failli lui prendre sa fille, et encore un groupe d’amis que la guerre du Vietnam a fait exploser.

Beach Music est un roman généreux (plus de 900 pages), qui nous mène de Rome à la Caroline du Sud, explorant plusieurs périodes de l’histoire récente: de la deuxième guerre mondiale et les horreurs de la Shoah aux années 80 en passant par la période confuse du Vietnam. En revenant aux sources, à la Caroline du Sud qui l’a vu grandir, Jack McCall réparera les relations endommagées qui le lient à ses proches, tout en trouvant, peut-être, un apaisement à la culpabilité qui le poursuit depuis la mort par suicide de sa femme Shyla, de laquelle il n’est pourtant pas responsable.

On retrouve les thèmes récurrents dans les romans de Pat Conroy: la folie, le suicide, et en général, les difficultés des relations entre parents et enfants, frères et sœurs, et l’importance de confronter les problèmes pour pouvoir aller de l’avant. On y voit aussi l’impact de la Grande Histoire sur un petit groupe d’américains de Caroline du Sud. Malgré les sujets sombres que l’auteur aborde, ses livres ne sont pas déprimants, bien au contraire. On plonge dans ces immenses romans avec grand plaisir et jubilation, on se laisse porter par cette écriture incroyablement fluide et évocatrice (bravo, en passant, au traducteur), et on se retrouve à la fin du roman avec la nostalgie de la Caroline du Sud, et de ses familles hautes en couleur.

J’ai à présent hâte de lire Le Prince des Marais, dont je connais l’histoire par le biais du film avec Barbara Streisand et Nick Nolte. Pat Conroy est un écrivain de grand talent qu’il ne faut absolument pas manquer si l’on aime les sagas familiales de grande qualité…

Note: 4,5/5