J’ai lu beaucoup de critiques négatives que je trouve bien sévères au sujet de Charleston Sud. La plupart venaient de personnes qui avaient lu et adoré d’autres livres du même auteur, notamment Le Prince des marais. Comme je n’avais jamais lu de romans de Pat Conroy auparavant,  et que je ne connais l’histoire du Prince des marais que par l’adaptation cinématographique avec Nick Nolte et Barbara Streisand, je me suis lancée dans la lecture de Charleston Sud sans à priori. Et j’ai bien apprécié le voyage…

Dans cette saga de plus de 500 pages, Pat Conroy nous amène en Caroline du Sud, dans la ville de Charleston. C’est d’ailleurs cela qui m’attiré vers ce livre, le fait que l’action se passe à Charleston, ville que j’ai visitée il y a quelques années et dont j’ai un très bon souvenir. Le narrateur et personnage principal, Leopold Bloom King, dit Leo, a été nommé par sa mère d’après le personnage principal du fameux roman de James Joyce, Ulysse. À l’âge de 18 ans, Leo se retrouve avec un passif chargé puisqu’après le suicide de son frère aîné, il a passé du temps en hôpital psychiatrique, et a été condamné à des travaux d’intérêt général pour détention de cocaïne. Il n’a pas d’ami, et sent que pour sa mère, directrice d’école, qui ne s’est jamais remise de la mort de son fils aîné, il ne sera jamais à la hauteur. Mais Leo a décidé de changer son destin. En une seule journée, il fait la connaissance de ceux qui deviendront à jamais ses amis: Starla et Niles, deux orphelins venus de Caroline du Nord, Chad et Fraser, un frère et une sœur de la haute société de Charleston, la belle Molly, petite amie de Chad, Sheba et Trevor Poe, deux jumeaux extravagants qui viennent d’aménager en face de chez lui et Ike Jefferson, le fils de son nouvel entraineur de foot, un homme de couleur que les parents d’élèves blancs acceptent mal.

Le récit alterne entre deux époques, 1969 et 1989. On y voit évoluer les relations entre tous ces personnages hétéroclites que Leo, par sa gentillesse et sa générosité, a su réunir autour de lui malgré leurs incompatibilités: Chad, que ses parents ont éduqué comme l’élite de Charleston et qui va devoir combattre ses préjugés pour accepter les autres, Molly, promise à Chad, malheureuse en ménage mais trop consciente de sa place pour tout détruire, Sheba, talentueuse et sexy, qui saura se faire détester par la mère de Leo, son frère, Trévor, homosexuel et très doué au piano, Ike, méfiant envers les blancs, mais qui deviendra le meilleur ami de Leo, Niles, qui a survécu à une enfance terrible et qui en est ressorti plus fort, et Starla, sa sœur, que Leo essaiera désespérément de sauver de ses démons en passant à côté de son propre bonheur…

En 1989, les amis se retrouvent à San Francisco pour répondre à l’appel au secours de Sheba, devenue une star internationale: Trevor a le sida et a disparu de la circulation. Les amis décident d’unir leurs forces pour le ramener à la maison, à Charleston…

J’ai beaucoup aimé Charleston Sud. Malgré la longueur, je ne me suis pas ennuyée une seconde. Les personnages sont drôles et attachants dans leur démesure, leurs dialogues ne manquent pas de répartie, et malgré les sujets graves abordés dans le roman, il s’en dégage une atmosphère plutôt chaleureuse. L’histoire, qui se passe à deux époques différentes, met en scène tous les personnages en 1969, alors que la ségrégation commence à se fissurer même dans le Sud des Etats-Unis, et en 1989, quand le sida fait rage mais qu’aucun traitement efficace n’existe encore, et alors que l’ouragan Hugo menace la Caroline du Sud. J’ai reconnu des thèmes communs au Prince des marais, comme certains traumatismes d’enfance et l’importance de la psychiatre qui offre au personnage principal la possibilité de s’en sortir. Charleston Sud est une saga romanesque riche en rebondissements, et si beaucoup lui reprochent ses invraisemblances, elles ne m’ont pas gêné, je me suis juste laissé porter par l’histoire et la magnifique évocation du Sud. Tout cela m’a donné envie de lire Le Prince des marais (même si je me souviens relativement bien du film) et Beach Music

Note: 4/5