Vers l’âge de treize ans, j’ai découvert Patrick Cauvin, en lisant Povchéri (ou était-ce Haute-Pierre?). Entre l’âge de treize et dix-huit ans, j’ai dévoré la plupart de ses romans, que j’ai lus et relus, et depuis, plus rien, ou peut-être une ou deux excursions dans l’univers Cauvinien, il y a longtemps… J’avais vogué vers d’autres horizons littéraires… Jusqu’aux Pantoufles du samouraï, dont j’ai trouvé le titre à la fois intriguant et irrésistible. J’y ai retrouvé le côté humoristique caractéristique de la plupart des romans de l’auteur, sa plume facile et son style très agréable à lire. L’aspect fantastique qui apparaît dans certains de ces romans (Haute-Pierre, Laura Brams), est présent également, mais à dose réduite, presque anecdotique.

Le narrateur de cette histoire est un octogénaire grincheux, un homme désabusé, qui a mené une vie ordinaire, solitaire, étriquée, dénuée de fantaisie. Pourtant, dès le début, ce héros improbable nous est sympathique. Pour cet amateur de routine, adepte d’une vie sans surprise, le monde se trouve chamboulé le jour où il trouve un écriteau annonçant la fermeture de l’épicerie du quartier. Il se rend compte alors qu’il avait jusque-là ignoré l’existence d’une autre épicerie, située encore plus près de chez lui. Mais il n’est pas au bout de ses surprises, et ne sait pas ce qui l’attend le jour où il se décide à pousser la porte de la boutique…

Ne nous y trompons pas, Les Pantoufles du samouraï, comme le titre pourrait l’indiquer au lecteur perspicace, n’est pas un livre à suspense, et pourtant… L’auteur s’amuse avec le lecteur: le narrateur, à la manière d’un Jacques le Fataliste ou d’un Tristam Shandy, se perd en digressions pour raconter sa vie, et présente, de manière très drôle, l’existence d’un homme ordinaire, seul, un ancien professeur de mathématiques, qui n’a pas su trouver une autre femme de sa vie que sa mère. Point d’émotions fortes pour cet homme pour qui acheter un slip dans une grande surface présente les mêmes dangers qu’une expédition dans la jungle. Le récit, derrière l’humour, est une analyse impitoyable de la vieillesse, un constat du temps qui passe, des souvenirs, des regrets et des espoirs déçus, et de tout ce qui fait la vie d’un homme, et qui finalement se résume à peu. Les Pantoufles du samouraï m’a rappelé un peu La Mystérieuse Flamme de la Reine Loana d’Umberto Eco, en beaucoup moins littéraire bien sûr, mais la démarche derrière les deux romans est un peu la même.

Un sympathique moment de lecture par un auteur populaire qui a un réel talent d’écriture (contrairement à d’autres)…

Note: 4/5