Yannick Bérubé est un jeune homme tranquille (étudiant, des parents aimants, une copine) qui se balade un jour à vélo dans la rue des Ormes, à Montcharles. Une chute va pourtant changer son destin de manière drastique, alors qu’il sonne à la porte du 5150 pour demander à passer un coup de fil. Sa curiosité va le conduire à l’étage de la maison, où il découvre un homme agonisant dans une chambre. Cette découverte scelle son sort et Yannick se retrouve captif de l’étrange famille Beaulieu…

Dans la famille Beaulieu, le père: Jacques Beaulieu, chauffeur de taxi, grand joueur d’échecs, et avec une conception de la justice toute… personnelle. Puis la mère, Maud, grenouille de bénitier et femme soumise à son mari à tel point que c’en est pathétique. Elle consigne ses pensées dans un journal intime qui nous permet de remonter jusqu’à sa rencontre avec Jacques. Les chapitres de son journal alternent avec la narration de Yannick. Ensuite, Michelle, une adolescente avec une intelligence supérieure et une tendance à la violence inquiétante. Et enfin Anne, la petite soeur qui ne parle pas, et porte sur le monde un regard dénué d’expression. De l’eau qui dort? Et, pas un membre de la famille, mais presque un personnage du livre, la fameuse cave, toujours fermée par un cadenas, et dont montent des odeurs étranges…

C’est dans cette atmosphère de famille, dont “dysfonctionnelle” n’est que le prénom, que Yannick va jour après jour tenter de résister à la captivité, de trouver des stratagèmes pour fuir. Jusqu’au jour où Beaulieu lui propose un marché: gagner sa liberté aux échecs. Si Yannick bat Jacques, même une seule fois, il sera libre. Et l’obsession de vaincre gagne le jeune homme…

5150 rue des Ormes est un roman claustrophobique qui nous entraine peu à peu dans l’absurde et l’horreur. C’est mon deuxième Senécal. Et je commence à entrevoir la façon de faire de l’écrivain. Celle qui consiste à nous raccrocher à un personnage “normal”, ici Yannick, à nous faire raisonner selon sa logique et à nous faire ensuite glisser avec lui sur la pente savonneuse de la folie, sans pouvoir nous retenir à quoi que ce soit. Senécal est rudement habile pour cela. Ses romans nous mettent d’autant plus mal à l’aise qu’on suit le personnage dans ses raisonnements, on se met en empathie avec lui, et au moment où l’on se dit qu’il a lui-même un gros souci psychologique, il est déjà trop tard…

On ressent l’influence de Stephen King bien entendu (Senécal fait référence à Misery), mais l’auteur a sa propre marque de fabrique, son propre grain de folie et sa signature particulière dans ce monde de l’horreur. Je comprends très bien qu’on puisse devenir accro à Senécal. D’ailleurs, j’ai hâte de lire le prochain sur la liste…