“Quand on écrit, on a pas à se demander si c’est bien ou mal. L’écriture est libre, donc elle est au-delà de la morale.”

Michaël Walec est professeur de français dans une prison pour femmes. Il incite les détenues à améliorer leur écrit en rédigeant des nouvelles. Parmi les textes qu’il corrige, il remarque ceux de Wanda, une jeune femme dont le français laisse à désirer mais dont la violence contenue dans certaines scènes est tout simplement … époustouflante. Michaël lui-même s’échine depuis des années sur la rédaction d’un polar. Il a un bon style, mais ses scènes de violence sont d’une platitude affligeante. Il n’est tout simplement pas capable d’écrire une bonne scène de meurtre. Sa fascination pour les récits de Wanda n’en est que plus forte. Alors, il décide de s’inspirer des scènes d’horreur de cette Wanda qui semble totalement dénuée d’empathie, se convaincant qu’il ne s’agit pas de plagiat…

Entre ces deux-là, l’écrivain et la détenue, c’est une relation de co-dépendance de plus en plus malsaine et dangereuse qui va s’établir au fil des années, au rythme des publications de Michael, et de ses présences dans les salons littéraire. Une “collaboration” diabolique dont Michael risque de ne pas ressortir indemne et qui va l’amener à se poser la question suivante: “le succès littéraire vaut-il tous les sacrifices?”

L’Autre Reflet est un thriller machiavélique et captivant, qui nous promène dans le petit monde pas toujours gentil des écrivains et nous entraine irrésistiblement dans la spirale de l’horreur, par petits glissements anodins. Jalousies, mesquineries, coups bas, petites vengeances entre auteurs, rien ne nous est épargné. La description de l’ambiance dans les salons littéraires est particulièrement réussie et impitoyable, elle m’a beaucoup amusée.

C’est mon premier roman de Patrick Senécal, et par certains aspects il m’a fait penser à Stephen King. Wanda Moreau n’est pas sans rappeler Annie Wilkes de Misery. Dans les deux cas, on a la présence d’une femme, qui, aux antipodes de la Muse qui se contente d’inspirer, veut à tout prix s’imposer pour avoir son mot à dire dans la création de l’auteur. Cependant, si dans le cas de Misery l’écrivain est totalement innocent (à moins que l’on ne considère que l’auteur a une “responsabilité” vis à vis de ses personnages, ce qui est une idée intéressante mais au autre débat), dans le cas de Walec, nous avons à faire à un écrivain ambitieux et prêt à tout (ou presque) pour accéder au succès.

Les thèmes abordés sont le processus de création, le mystérieux “petit plus” qui transforme un roman en best-seller (et chez Walec, ce “petit plus” est ce qui le conduira à vendre son âme au Diable), le rêve ultime de l’écrivain de vivre de sa plume, et la question de savoir si l’on écrit pour la beauté de l’art ou pour la renommée…

J’ai trouvé le style de l’auteur très dépaysant, avec des expressions québécoises que je ne connaissais pas forcément et que je me suis délectée de croiser au fil de ma lecture… Crisse, quel bon roman, le parfait dosage d’horreur et d’humour noir !