Le Roi-Soleil se lève aussi nous montre Louis XIV, homme privé et homme public, au rythme d’une de ses journées. Du Petit Lever au Petit Coucher, on y apprend que le roi n’est jamais seul, qu’il est toujours (ou presque), en représentation, dans son rôle de monarque. Les grands moments de sa journée sont ritualisés, et l’on apprend que certains cérémoniaux pouvant paraître absurde ont leur explication dans la tradition historique…

Si Beaussant prend prétexte de nous montrer une journée du roi, il n’oublie cependant pas de retracer les grandes lignes de son existence, et évoque sa politique qui consistait à s’entourer de gens qui ne menaçaient pas son autorité tout en écartant stratégiquement les nobles des postes à responsabilités. Ses tactiques, telles que le secret et le coup de théâtre, sont expliquées à l’aide d’anecdotes. Beaussant évoque aussi les femmes qui ont comblé la place d’une reine effacée: la belle soeur du roi; Henriette d’Angleterre, Mlle de La Vallière, Mme de Montespan et Mme de Maintenon. Boulimique, Louis XIV ne l’était pas que de femmes, mais également de nourriture et d’exercice physique. Excessif, il était aussi perfectionniste, et lorsqu’il entreprenait une activité, comme la danse, il voulait être le meilleur, puisqu’il était le roi…

Sur le plan anecdotique, on découvre que Louis XIV dansait régulièrement dans les ballets représentés à la cour. Il interprétait des rôles grandioses, mais aussi, occasionnellement, des rôles de bouffons. On apprend également pourquoi l’ancienne nourrice du roi est la première à le voir le matin ou la raison pour laquelle Molière faisait son lit. On se rend compte que les pièces de ce dernier, qui a eu une position d’observateur privilégiée à la cour, sont bien plus proches de certaines réalités qu’elles ne sont parodiques…

Balayant les idées reçues que  l’on peut avoir sur Louis XIV (comme l’associer systématiquement à Versailles ou croire qu’il s’est un jour écrié "L’État, c’est moi"), révisant ce que l’on croit savoir sur le XVIIe siècle, qui est une époque de transition, une époque où modernité cohabite avec traditions héritées du Moyen-âge, Beaussant nous présente un Louis XIV humain, dans le bon sens du terme comme dans le mauvais, un timide qui se fait violence, un roi qui trouve important de se montrer à son peuple, de ne pas se cacher comme on le fait à la cour d’Espagne. Au final, ce partage d’une journée du Roi-Soleil est une expérience très enrichissante. Un seul reproche toutefois (mais peut être est-ce mon édition?): des notes de bas de page seraient bien utiles pour expliquer quelques termes ou situer certains personnages…

Note: 4/5