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Nous n’aurions jamais dû nous rencontrer. Qu’on me comprenne: je ne regrette pas notre rencontre, c’est même très exactement l’inverse. Ce que je veux dire, c’est: nous étions programmés pour ne jamais nous rencontrer. Nos mondes étaient sans intersection. Tout nous séparait. Tout nous maintenait à distance. Seul un accident extravagant était susceptible de nous mettre en présence. La mort violente de Bobby Greenfield a été un sacré accident.
Nous nous sommes percutés à la manière de deux trains roulant à pleine allure l’un vers l’autre sur la même voie. Voilà, nous avons été lancés l’un contre l’autre. Le choc a été spectaculaire.

Coup de coeur incontesté pour ce roman…

Cela fait quelques jours que mène de front 2 ou 3 lectures sans beaucoup de conviction et sans qu’aucune l’emporte vraiment sur les autres. Et puis, je suis tombée sur Un Homme accidentel, de Philippe Besson. C’est la première fois que je lis du Philippe Besson. Et je suis conquise…

J’aime les livres en général pour leur contenu, une histoire trépidante, qu’on ne lâche pas, ou, plus rarement, pour le style (l’idéal étant quand il y a l’alliance des deux). Ah, le style! C’est rare quand un style me conquiert au point de me rendre jalouse… Chez les français, il y a Modiano, dont la plume m’enchante. Chez les anglo-saxons ce sont Ruth Rendell et Paul Auster qui ont ces styles qui font croire qu’écrire et facile, tant leur écriture coule, glisse, et évoque d’images avec une économie de mots. Besson est de ceux-là, de ces écrivains dont je suis tombée amoureuse du style, un style dépouillé, sobre, simple, que l’on dit inspiré de Marguerite Duras.

L’histoire, c’est celle d’un flic de Los Angeles qui n’a rien d’un héros et se contente de sa petite routine entre un boulot dans le quartier peu risqué de Beverly Hills, un mariage tranquille, et la perspective d’un enfant à naître. Jusqu’au jour où il est amené à enquêter sur le meurtre d’un jeune prostitué. Dans le cadre de son enquête, il rencontre Jack Bell, un acteur qui a connu succès et décadence, et qui est sur la pente ascendante à nouveau. De cette rencontre, naît une passion par laquelle il est emporté à son insu, sans aucun contrôle de la situation. Une passion qui le fera remettre en question son confort, ses certitudes, et même ses valeurs…

Ayant écouté hier Besson à La Grande Librairie (il vient d’un sortir un ouvrage autobiographique, Arrête tes mensonges), j’ai appris que les thèmes chers à Besson: la passion dévastatrice, la perte de l’autre, la vie après l’amour. Loin de penser que les auteurs se répètent quand ils revisitent les mêmes thèmes, j’aime qu’il y ait chez eux une cohérence, un univers. Je sens un univers chez Besson que je vais m’empresser de revisiter…

Voilà, que dire de plus? Ah oui, de ne pas accorder trop de crédit à Frédéric Beigbeder qui écrivait dans Le Figaro : “Philippe Besson, jusqu’à présent, s’est spécialisé dans le petit roman d’homosexuel gnangnan. Très loin de la force de Genet ou Dustan, il est plutôt une sorte de Marc Levy gay”. Je pense personnellement que Beigbeder est jaloux, car il n’a pas le talent de Besson. Ah oui, et aussi : sans vouloir dénigrer Lévy, il n’y a rien de commun entre son écriture et celle de Philippe Besson. Voilà, ça c’est dit…

En conclusion: j’ai adoré Un Homme accidentel et je vous le conseille…