À présent, la Vague s’engouffrait méthodiquement par les ouvertures des immeubles, envahissant les rez-de-chaussée, débordant en cascade par les fenêtres d’où se déversaient meubles, téléviseurs, batteries de casseroles, bonbonnes de gaz, futons, pianos. L’eau arrachait de leurs vitrines les mannequins des boutiques de vêtements, que nous confondions avec les êtres humains, se débattant dans le flot. Nous nous sommes mis à crier dans leur direction, en vain: silhouettes de plastique injecté inertes ou de chair, de muscles et d’os, elles étaient emportées, sans distinction.

Richard Collasse, qui vit au Japon et dont les deux romans précédents La Trace et Saya, se passent au Pays du Soleil Levant, se penche cette fois-ci sur la terrible tragédie qui a frappé le pays le 11 mars 2011: le tremblement de terre et le tsunami qui ont fait d’innombrables victimes dans les régions côtières du nord-est.

Sakai Sosuke est un adolescent qui partage les préoccupations des jeunes de son âge: sa scolarité impeccable, sa place de saxophoniste dans l’orchestre du lycée et ses pensées pour sa camarade, la jolie Aoi. Le 11 mars, jour de son anniversaire, débute comme un jour ordinaire pour Sosuke, un jour qui vire rapidement au cauchemar, quand la Vague déferle sur son village de pêcheurs emportant sous ses yeux maisons, voitures et personnes. Sosuke ne doit la vie qu’au fait que son lycée se trouve dans une situation surélevée, et malgré cela, beaucoup de ses camarades n’ont pas sa chance…

Dans les jours qui suivent la tragédie, alors que les secours s’organisent pour aider les survivants, Sosuke cherche sa famille, et à mesure que les jours passent, l’espoir s’amenuise. C’est par la personne de Sakai Eita, un oncle jusque-là inconnu, que l’espoir renaîtra, et que des ramifications familiales que Sosuke ignorait vont le rattacher à ses racines et au passé de sa famille.

Eita est un “Otaku”, un jeune oisif de Tokyo. Il ne pense qu’a vivre sans attachements et sans souci, en faisant gronder sa harley le long des routes. Lorsque son père, alerté par la catastrophe de son village natal, l’envoie chercher d’éventuels survivants d’une partie de sa famille dont il ne soupçonnait pas l’existence, Eita se réveille peu à peu de sa torpeur et, en faisant connaissance avec son neveu Sosuke, commence à éprouver une empathie dont il ne se savait pas capable.

Si pour Sosuke, la rencontre avec son oncle est le salut d’une main tendue vers un jeune seul au monde et désespéré, pour Eita, elle est une deuxième naissance, l’espoir d’un nouveau départ, et l’occasion aussi de découvrir des secrets familiaux bien enfouis, mais qui n’ont pas résisté à la puissance de la Vague dévastatrice…

Un roman fort et émouvant sur la force des liens familiaux et la résilience humaine dans les épreuves. La nature humaine est ainsi qu’on a tendance en général à éprouver plus d’empathie pour les victimes des catastrophes qui se passent près de nous, celles dont on pourrait s’imaginer (ou imaginer nos proches) victimes. On ne se sent pas réellement concernés, ou alors concernés de manière distante, intellectuelle, par l’annonce d’un tsunami qui a eu lieu à des dizaines de milliers de kilomètres (surtout si l’on vit à la montagne ou loin des côtes). Ce roman a eu l’effet de me faire réaliser pleinement et émotionnellement l’ampleur de la catastrophe, et l’incroyable force dévastatrice de la nature (on a beau la connaître, dans les faits, il reste qu’il est difficile de croire que de telles choses peuvent se produire).

À noter que les droits d’auteur du livre sont reversés à l’association Knk Japon – Enfants sans frontières pour ses projets dans la région du Tohoku (qui a compté 15842 morts, 3475 disparus et 5890 blessés)…

Note: 4/5