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Il y a quelque chose de légèrement suranné dans les romans de Robert Goddard, même quand ceux-ci se déroulent en 1993, un temps pas si lointain. Une ambiance particulière, le souvenir d’un monde d’avant les téléphones portables et le tout connecté. C’est sûrement pour cela que j’adore me plonger dans ces mondes révolus, dans ces histoires où le mystère s’installe doucement, dans la quiétude rassurante du quotidien. C’est pourquoi après avoir lu Par un matin d’automne, Heather Mallender a disparu, et Le Secret d’Edwin Strafford, je me suis plongée avec plaisir dans Le Temps d’un autre.

Robin Timariot est fonctionnaire à la Commission européenne de Bruxelles: il s’y ennuie et ne perçoit jusqu’à la retraite qu’une enfilade de jours qui se ressemblent. Le jour où son frère ainé, qui avait repris la direction de l’entreprise familiale, meurt soudainement, une opportunité de changement se présente à lui. Il sait que l’entreprise familiale, qui fabrique des battes de criquet, a un passé glorieux mais un avenir plus qu’incertain. Pour prendre la décision qui changera peut-être sa vie: quitter Bruxelles et rejoindre ses deux autres frères et sa soeur au sein de l’entreprise familiale, Robin décide d’entreprendre une randonnée pédestre sur la levée d’Offa. En route, il rencontre une femme, avec qui il aura une conversation brève, juste quelques minutes. Pourtant, cette rencontre lui laisse un goût d’inachevé, celui d’une occasion manquée peut-être.

À son retour, alors que Robin accepte de rejoindre l’entreprise familiale, il apprend que la femme qu’il a brièvement rencontrée s’est fait violer et assassiner quelques heures plus tard, dans la maison d’un artiste (retrouvé étranglé lui aussi) dont elle était le mécène. Ce qui devrait être pour Robin une coincidence dérageante, mais rien de plus, devient une véritable obsession. Robin se repasse la conversation qu’il a eue avec la femme, et ne peut s’empêcher de voir un sens caché derrière les mots prononcés. Plus le temps passe, et plus cette histoire l’obsède, au point qu’il va bientôt se retrouver impliqué dans les secrets d’une famille qui n’a rien à voir avec la sienne…

Comme d’habitude, avec Robert Goddard, on a droit à une histoire admirablement bien écrite, des personnages tout en subtilités et une intrigue qui avance lentement mais inexorablement vers un dénouement que l’on n’attendait pas, avec quelques retournements de situation en route. Ne lisez pas Goddard si ce que vous recherchez dans un polar l’adrénaline et l’action: Harlan Coben vous conviendra mieux. Mais si vous aimez qu’un livre vous envoûte doucement en vous transportant dans le temps et l’espace et dans un monde tout en nuances et un rien rétro, alors les romans de Robert Goddard sont pour vous…