Le kaizen est un principe qui a été inventé aux États-Unis pour relancer l’économie lors de la crise qui a suivi la deuxième guerre mondiale. Les japonais l’ont adopté et le pratiquent encore en entreprise, avec le succès qu’on connaît, et lui ont donné le nom de kaizen. Il s’agit, au niveau de l’entreprise qui, pour des raisons financières, ne peut pas se permettre la stratégie d’innovation, consistant en de grands changements, de rehausser son niveau très progressivement en donnant à chaque employé la possibilité de proposer une idée qui améliorerait juste un petit peu un aspect du déroulement des choses. Cette stratégie a connu et connaît encore au Japon une efficacité impressionnante…

Robert Maurer, professeur à l’école de médecine de Los Angeles, a décidé d’appliquer cette technique des petits pas à l’individu, et non plus à l’entreprise, pensant qu’une personne, qui, pour une raison ou pour une autre, se heurte à l’échec quand elle instaure dans sa vie un changement drastique, pourrait bénéficier de la technique des petits pas. Ainsi, combien d’entre nous se sont-ils découragés après avoir pris la résolution d’arrêter de fumer/perdre du poids/ se mettre au sport? Et l’échec entraînant le découragement, et le découragement l’échec, ils se sont retrouvés dans une spirale infernale et sans issue…

L’individu, nous explique Robert Maurer, est réticent au changement. C’est dans le cerveau que se trouve l’explication de cette réticence. Chaque défi trop grand que nous nous lançons fait réagir l’amygdale, dans le cerveau mammalien, qui génère des réactions de fuite ou de combat lorsqu’un stress trop grand surgit dans notre vie. Or, quand l’amygdale est en alerte, notre cortex, siège de la créativité et de l’intellect, est inhibé. En se lançant de tout petits défis, l’amygdale ne réagit pas et notre cortex peut travailler. C’est pourquoi l’auteur victime du syndrome de la page blanche a tout intérêt à se fixer l’objectif de n’écrire qu’une ligne par jour (pour commencer), afin de sortir de l’engrenage infernal. En établissant des changements infimes, on permet au cerveau d’établir de nouveaux circuits nerveux, et de s’habituer progressivement au changement. Si nous changeons tout d’un coup, il y a de gros risques que, sans une énorme détermination et des circonstances très favorables, nous retombions dans nos vieux travers, car les habitudes, on le sait bien, ont la vie dure…

Concrètement, il s’agit, même si cela peut paraître dérisoire, de s’astreindre par exemple à une minute d’exercice par jour. Sur le plan de la santé, ce n’est peut être pas un apport significatif, mais le pli de monter quotidiennement sur son vélo d’appartement est pris. Dans un deuxième temps, augmenter progressivement le temps passé à pédaler ne coûtera pas autant. De la même façon, si on a l’habitude de manger trop, on peut renoncer à la première bouchée. Cela ne représente pas beaucoup de calories, mais on habitue peu à peu son corps à ingurgiter moins de nourriture à chaque repas.

Si l’on a de la peine à franchir le cap de l’action, nous dit Robert Maurer, il ne faut pas sous-estimer l’importance, dans le kaizen, des petites pensées. Celles-ci consistent à "visualiser" avec tous ses sens, l’effort que l’on aimerait mettre en pratique. Se mettre dans un endroit calme, fermer les yeux, et se visualiser à table, en train de contrôler son appétit, en imaginant non seulement l’aspect de la nourriture, mais aussi son odeur, son goût et la sensation de la fourchette dans la main, pour mobiliser tous nos sens. Cette technique facilite, le moment venu, le passage de la théorie à la pratique.

Les petites questions, quant à elles, aident plutôt ceux qui savent qu’ils sont insatisfaits, que quelque chose doit changer, mais qui ne savent pas exactement quelle est la source de leur mal-être ou ce qu’ils aimeraient faire exactement de leur vie. Là, idem, il ne s’agit pas de se demander "que vais-je faire de ma vie?" question qui alerte l’amygdale et donc inhibe le cortex et empêche le cerveau de réfléchir. Il s’agit de contourner la grosse question au moyen de petites questions qui vont peu à peu nous orienter vers ce que nous souhaitons au fond de nous, sans forcément pouvoir le formuler consciemment.

Enfin, Maurer rappelle la nécessité de s’offrir de petites récompenses, ni coûteuses ni disproportionnées par rapport à l’effort, mais qui représentent une reconnaissance raisonnable et gratifiante du petit pas accompli.

Cet ouvrage présente une méthode très utile, dans lequel chacun pourra piocher ce qui convient à sa situation. Pour moi, la véritable révélation est ce qui se passe au niveau du cerveau quand on se donne un trop grand challenge ou que l’on pose une question de trop grande envergure. J’avais constaté ce phénomène sans savoir qu’il était d’une part normal (une simple réaction primitive à la peur!), et que d’autre part, il y avait des moyens faciles de le contourner…

Et pour terminer, citons, comme Maurer le fait en début d’ouvrage, le sage Lao-tseu:

Même un voyage de mille kilomètres commence par un premier pas.

Note: 4/5