Les vacances sont une occasion, s’il en est, pour commettre des hérésies littéraires. Telles que lire du Ruth Rendell en traduction française. Cela ne m’était pas arrivé depuis des années. Oui mais voilà, j’ai trouvé un vieux Rendell de la série des inspecteur Wexford, de 1975, que je n’avais jamais lu… Et les quelques mots résumant l’intrigue au dos du livre m’ont suffisamment intriguée pour que j’y plonge dedans. Et une fois immergé dans le monde de Ruth Rendell, on n’en ressort qu’à la fin du roman, impressionné par sa capacité à créer des ambiances particulièrement intéressantes et souvent oppressantes, et par son écriture parfaitement maîtrisée…

Bien sûr, la traduction m’a déçue. Aucun traducteur ne peut rendre le style impeccable de Rendell (qui est avec Paul Auster l’auteur dont le style, la manière d’écrire, me plait le plus), et forcément, “traduttore, tradittore”, on perd une grande partie du plaisir de la lecture. Cependant, l’histoire elle-même garde son efficacité: le jour où son impitoyable belle-mère consent, de mauvaise grâce, à venir rendre visite à son fils et à sa femme, Angela Hathall a nettoyé la maison de fond en comble, histoire de ne pas fournir cette belle-mère hostile un prétexte à la critiquer. Mais lorsque celle-ci arrive, si la maison est prête, le repas, lui, ne l’est pas, et Angela n’était pas au rendez-vous à la gare où elle aurait du venir chercher son mari et la mère de celui-ci. Mais Angela a une bonne excuse: elle git dans son lit, étranglée…

L’inspecteur Wexford, très rapidement, suit son intuition, qui lui souffle que le mari, Robert Hathall, pourtant aux dires de tous très amoureux de sa femme, l’a tuée. Aucune preuve ne s’offre à lui, et Wexford traque son suspect à la manière d’un inspecteur Colombo. Sauf que son supérieur, ayant reçu des plaintes d’Hatthal, ordonne à Wexford de ne plus l’approcher. Mais l’enquête tourne à l’obsession, et, malgré les mois qui passent, Wexford ne peut se résigner à laisser Hathall tranquille, allant jusqu’à payer un petit truand pour le filer…

Meurtre indexé est un roman court mais prenant, et on se demande sans cesse comment Wexford fera tomber son suspect. Lorsqu’on arrive au dénouement, une surprise nous attend… Mon seul regret est que Rendell, qui est si douée pour nous présenter des personnalités en marge, ici des paranoïaques, dans d’autres romans des obsessionnels-compulsifs, ou des claustrophobes, ne s’attarde pas vraiment sur la psychologie des personnages. Je pense que cela s’explique par le fait que Meurtre indexé est un roman relativement ancien, dans lequel elle n’est pas encore arrivée à maturité de son style si caractéristique. Aujourd’hui, elle aurait beaucoup plus développé ses personnages, montrant comment leurs manies les rendent bizarres ou détestables, et comment celles-ci les entrainent parfois  à commettre l’irréparable. Elle aurait  aussi développé le personnage de la belle-mère infernale, qui nous est présentée au début, et qui est un personnage à grand potentiel mais pas suffisamment exploité, à mon avis.

Meurtre indexé est un bon roman d’une auteur qui est capable de beaucoup mieux. Un conseil: si vous le pouvez, lisez Ruth Rendell en anglais, cela vaut l’effort…

Note: 3,5/5