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En chemin, demain n’existe pas; seules sont dignes d’intérêt les péripéties de l’instant.

Lire nous confirme que la solitude est un trésor.

Géographie de l’instant est un recueil d’articles de longueurs inégales, un carnet de bord, des “carottages donnés dans le chatoyant foutoir du monde” selon les mots mêmes de l’auteur. On trouve dans ce fourre-tout des coups de gueules politiques, des anecdotes historiques, des critiques littéraires, des réflexions sur l’art ou encore des pensées philosophiques, ainsi que des citations d’autres desquelles l’auteur dit joliment “elles sont la formulation d’une pensée qu’on a caressée un jour et que l’on reconnaît, exprimée avec bonheur, sous la plume d’un autre”. Tesson évoque des personnages hors du commun rencontrés lors de ses pérégrinations. Il raconte aussi sa passion de l’escalade, qui a failli lui coûter la vie récemment.

Adepte d’une écologie qui n’hésite pas à nommer le problème essentiel que l’on refuse en général de regarder en face (à l’exception de Dan Brown dans son roman Inferno): la surpopulation de la planète, il fait la part belle dans ses articles aux autres espèces: oiseaux, insectes, etc.

Certains articles ne sont pas dénués d’humour: “L’entomophagie est l’avenir de l’homme et constitue une manière de nous venger, à l’avance, des asticots“.

Loin du politiquement correct et du prêt-à-penser, Tesson mûrit ses pensées par ses lectures et observations, et l’on s’étonne parfois de voir cohabiter certaines idées les unes avec les autres chez un même individu.

J’ai lu une édition de Géographie de l’instant augmentée de 14 blocs-notes inédits, articles parus dans différents journaux tels que Le Figaro ou Libération, et j’ai particulièrement apprécié les réflexions de Tesson sur la marche et le lecture…

Géographie de l’instant est un livre très intéressant, peut-être moins immersif que Dans les Forêts de Sibérie (qui nous transporte en un seul lieu et par là même est plus apte à créer un ambiance qui reste avec le lecteur), mais qui permet de s’y replonger en plusieurs fois, et de le déguster par petites bouchées, puisque chaque article est indépendant.

Sylvain Tesson est un poète épris de liberté et de grands espaces, un nomade érudit des temps modernes, ennemi d’internet et des téléphones portables. Une lecture à contre-courant, rafraîchissante comme une brise de printemps…