[yasr_overall_rating]

Voilà une demi-année que j’attends cette seconde et toute la fièvre et toute l’impatience de ces derniers mois se dissolvent soudain, sitôt fait le premier pas, dans le précipité de l’instant. (…) Je suis seul, je suis lancé sur ma route de la liberté. Je ne m’arrêterai pas avant d’avoir atteint l’Inde.

L’écrivain-voyageur Sylvain Tesson nous emmène, dans L’Axe du loup, sur les pas des évadés du goulag, de la Sibérie à l’Inde, en traversant la Russie, la Mongolie, la Chine et le Tibet.

Muni d’un sac à dos dont il nous dévoile le contenu à la fin, Sylvain Tesson prend la route dans le sens inverse du sens habituel (route de la soie), suivant ce qu’il appelle l’axe du loup, selon le sens emprunté par ces mammifères. Son ouvrage de référence est À marche forcée, de Slavomir Rawicz, ouvrage dont la véracité est contestée, car Rawicz y décrit le désert de Gobi de manière irréaliste, et évoque une rencontre avec le yéti sur l’Himalaya.

Sylvain Tesson n’arrivera pas à trancher sur l’authenticité de récit, mais comme il le dit lui-même, d’autres témoignages d’évadés du goulag attestent qu’ils ont emprunté au moins une partie de l’itinéraire, et les tibétains qui ont fui les colons chinois ont eux aussi franchi l’Himalaya.

Le plus souvent seul, parfois avec la compagnie d’un ou une amie à qui il a donné rendez-vous, Sylvain Tesson met environ 8 mois à accomplir son itinéraire. À pied, à vélo ou à cheval (il se refuse à utiliser des moyens de transports motorisés), Tesson abat les kilomètres, affrontant le froid et la chaleur extrêmes, la faim, la fatigue, les problèmes de genou, les araignées dont il a la phobie, et les ours… Pour se nourrir, du fromage séché et des soupes de nouilles, et parfois, ce que les autochtones lui offrent. Pour dormir, leur hospitalité ou alors des endroits de fortune qu’il doit parfois partager avec des cochons ou des chèvres, et parfois la belle étoile…

Sur la route, Tesson fait des rencontres intéressantes: des survivants du goulag, des “clochards célestes” bouddhistes, des américains prêts à lui venir en aide, ou encore, paradoxalement en regard du sens de sa démarche, le chef du parti communiste bengali. De ces rencontres, parfois un peu surréalistes, souvent enrichissantes humainement, Tesson nourrit sa prose toujours agréable et intelligente, riche de références géographiques, historiques ou littéraires, dont l’humour n’est jamais absent.

J’adore Sylvain Tesson, sa philosophie de la vie et ses récits, et même si mon préféré reste Dans les Forêts de Sibérie, j’ai passé un moment agréable à suivre l’écrivain dans son périple un peu fou sans quitter le confort de mon canapé. C’est à cela aussi que servent les livres…

L’Axe du loup est une ode à la liberté recommandée aux amateurs de récits de voyage, dont je ne faisais absolument pas partie avant de découvrir Tesson, cet écrivain-voyageur au caractère entier qui ne s’embarrasse pas de grand chose dans la vie, et surtout pas du politiquement correct…