L’inspecteur Cassie Maddox travaille aux violences domestiques après une expérience mal vécue à la brigade criminelle (probablement racontée dans le roman précédent de Tana French, La Mort dans les bois). Avant cela, elle avait travaillé comme infiltrée pour débusquer un réseau de trafic de drogue dans le milieu estudiantin dublinois. Pour cela, on lui avait créé une identité, Alexandra Madison, dont elle s’était défaite à la fin de son enquête, qui s’était achevée avec l’inspecteur blessée, évacuée et exfiltrée d’urgence…

Quelques années plus tard, Cassie Maddox est appelée sur une scène de crime: une jeune femme est morte assassinée dans la campagne aux alentours de Dublin. Elle ressemble à Cassie trait pour trait, et fait encore plus troublant, a sur elle des papiers d’identités au nom de l’inexistante Alexandra Madison. Cassie Maddox est d’abord furieuse que cette femme qui est son sosie parfait ait endossée une identité créée pour elle, mais la curiosité prend ensuite le pas, puis une certaine sympathie pour cette femme qui ne lui ressemblait pas que physiquement…

Quand Cassie accepte de réendosser l’identité de Lexie Madison, c’est pour s’infiltrer parmi ses amis, quatre étudiants de Trinity College qui formaient, avec Lexie, une sorte de “club des cinq” très fermé, que personne ne pouvait aborder tant ils se tenaient à l’écart des autres. Ils vivaient tous en apparente harmonie, dans la demeure de Whitethorn House, héritée par l’un d’eux. Cassie doit reprendre sa place parmi eux et essayer de trouver lequel d’entre eux, ou qui à l’extérieur, pouvait en vouloir suffisamment à Lexie pour l’assassiner…

Si Comme deux gouttes d’eau démarre avec une première phrase qui est un clin d’oeil à Rebecca de Daphné du Maurier, il évoque ensuite par beaucoup d’aspects deux joyaux de la littérature policière contemporaine: L’été de Trapellune (A Fatal Inversion cf. Discussing Books) de Ruth Rendell et Le Maître des illusions de Donna Tartt. Tana French aurait, je le pense, du mal à renier ces deux influences tant elles sont présentes à tous les niveaux de l’histoire. On ne peut pas les lui reprocher, elles soulignent simplement son goût excellent en matière de littérature policière. Cependant, French ne mérite peut-être pas d’aussi bonnes critiques que les deux romancières mentionnés, parce que, si elle a créé grâce à ces inspirations un roman bien à elle, une atmosphère tout aussi passionnante que dans ces deux romans-là, elle ne les a pas non plus surpassés et n’a rien amené de réellement nouveau. Ces réserves étant faites, j’ai adoré l’ambiance d’huis-clos, cette atmosphère oscillant entre impression “cosy” d’intimité et suspense, avec cette inquiétude sous-jacente qui s’immisce dans le texte à mesure que progressent les découvertes de Cassie. J’ai depuis quelque temps sur mes étagères In the Woods, la version anglaise du roman de Tana French précédant celui-ci, et n’avais encore pu me résoudre à l’attaquer. La lecture de Comme deux gouttes d’eau m’a donnée l’envie de savoir pourquoi Cassie avait abandonné la brigade criminelle et pourquoi elle s’est fâchée avec son meilleur ami Rob, à peine mentionné dans ce roman… La lecture de In the Woods ne devrait donc pas trop se faire attendre…

Du bon polar psychologique, pour les amateurs de Ruth Rendell et de Donna Tartt…

Note: 4/5