Hallie (Halcyon) James vit une existence paisible partagée entre son travail et ses visites à son père souffrant d’Alzheimer. Tout ceci prend fin lorsqu’elle reçoit une lettre qui bouleverse son existence: sa mère, qu’elle avait crue morte dans un incendie alors qu’elle-même était toute petite, lui a écrit une lettre. Photographe de renom, Madlyn Crane vivait en fait pendant toutes ces années sur l’île du Grand-Manitou, dans la région des Grands Lacs, et elle-même croyait sa fille et son mari morts jusqu’à ce qu’elle apprenne qu’ils étaient bien vivants et installés à Seattle. Manque de chance, la lettre de Madlyn Crane est accompagnée d’une autre qui révèle à Hallie la mort de cette mère à peine retrouvée. Quelques jours après, son père meurt aussi. Elle décide alors de se rendre dans l’île de Grand Manitou et de découvrir pourquoi son père l’a arrachée à sa vie et à une mère apparemment aimante…

Sitôt installée dans l’île, Hallie rencontre Will, notaire de sa mère et également son ami d’enfance, un ami dont elle ne se souvient absolument pas. Très vite, des phénomènes étranges se produisent: Hallie a des visions, et des choses inexplicables se passent dans la maison de sa mère. Voit-elle des fantômes ou est-elle en train de retrouver la mémoire des cinq premières années de sa vie?

L’incroyable histoire de Halcyon Crane est le genre de roman de pur divertissement qui ne se lâche pas facilement et devant lequel on oublie facilement les tâches du quotidien. Très vite, on se trouve happé par l’atmosphère de l’île de Grand-Manitou, haut lieu touristique en été, mais désertique et mystérieux, soumis aux rigueurs climatiques dès le mois de novembre, mois pendant lequel s’y trouve notre héroïne. Un endroit idéal pour des apparitions et des meurtres non résolus…

Ce roman, dans la tradition gothique anglo-saxonne, est un récit envoûtant qui mêle histoire d’amour et surnaturel, faisant penser aux romans de Daphné du Maurier, ou, plus près de nous, au Treizième conte de Diane Setterfield ou encore aux romans surnaturels de Susan Hill. Mais, en alternant ambiances cosy et surnaturel, scènes domestiques et séances de spiritisme, Wendy Webb donne à son livre un côté plus chaleureux que ceux de Susan Hill: disons que son livre nous donne le frisson de peur sans nous glacer jusqu’à la moelle…

Un petit bémol cependant: ce roman manque un peu de la subtilité qu’on trouve habituellement dans ce genre de récits fantastiques qui sont généralement prétextes à plusieurs niveaux d’interprétation. Par exemple, on ne trouve pas cette hésitation entre surnaturel et folie qui est en général caractéristique des récits fantastiques. Ici, la folie n’est pas une alternative. Il faut donc laisser de côté son esprit rationnel pour apprécier le roman pleinement. Celui-ci reste un peu au premier degré, ce qui n’entame en rien le plaisir de la lecture. On remarque cependant beaucoup de clins d’œil que Wendy Webb fait aux maîtres du genre tout au long du récit (par exemple, le nom de famille de Halcyon, qui évoque l’Ichabod Crane de Washington Irving, son nom de famille d’emprunt, “James”, sans doute inspiré par Henry James, et le prénom de sa mère, Madlyn, en référence à Madeline Usher, héroïne d’une nouvelle de Poe, sans oublier une référence aux romans de Stephen King…)

Note: 4/5